Harcèlement moral, caprices, misogynie… : Manu Lévy (NRJ) accusé par une vingtaine d’ex-collaborateurs

Publié le 2 avril 2024 à 12:15
Vim/ABACA
Quatre co-animateurs de la célèbre matinale radio ont saisi les prud'hommes après avoir quitté la bande au mois de juillet dernier. Aujourd'hui, ils témoignent.

Après Cauet, Manu Lévy le dernier pilier de NRJ est à son tour dans la tourmente. Ce mardi 2 avril 2024 dans Libération, une vingtaine d’ex-collaborateurs qui ont travaillé avce lui entre 2012 et 2023 témoignent contre le célèbre animateur de la matinale qui vaut de l’or. D’après le journal, la station de radio doit à son émission près de la moitié de ses recettes publicitaires totales ! Mais au mois de juillet dernier, la bande de Manu Lévy s’est déchirée. Quatre co-animateurs ont démissionné et saisi les prud’hommes pour harcèlement moral, entre autres. Il s’agit de Valentin Chevalier, principal co-animateur depuis huit ans, Isabelle Giami, présente à l’antenne pendant cinq saisons, Aude Fraineau, co-animatrice et chef du standard pendant deux ans et Pauline Bordja, membre de la bande entre 2017 et 2019. Burn-outs, pelade, extinctions de voix, anxiété, stress, dépression… Les problèmes de santé mentale et physique se sont multipliés ces dernières années au sein des membres de la matinale, qui n’a pas su garder ses employés. Ils ont été une cinquantaine en tout à se succéder au sein d’une douzaine de postes ces dix dernières années. "Il nous a détruits psychologiquement", apprend-on dans la vingtaine de témoignages recueillis par Libération. Qualifié de "patron tyrannique", Manu Lévu serait un adepte de la méthode de l’"acharnement" selon Dimitri, producteur de l’émission entre 2013 et 2018.

La co-animatrice Isabelle Giami en serait l’une des victimes principales et aurait connu de nombreuses crises de larmes : "C’est insidieux. C’est un dénigrement permanent, une petite goutte de poison chaque jour. Il me disait souvent ‘tu fais conne à l’antenne’, et ça infuse, lentement". Elle était loin d’être la seule dans ce cas, d’après d’autres témoignages. "J’ai vu plusieurs fois les gens, et surtout les femmes, sortir en pleurs du studio. Ça n’arrêtait pas Manu, il continuait de les enfoncer", raconte Arthur, collaborateur durant cinq saisons. Sa misogynie, voire sa "haine des femmes", est pointé du doigt aussi bien par des ex-collaboratrices que par les hommes qui ont travaillé avec le présentateur. "Quand on débarque, il nous trouve géniales : c’est de la drague relativement subtile. Et quand il comprend qu’on ne répond pas à ses avances, ça le frustre et il devient exécrable", explique anonymement une ancienne co-animatrice. Un résumé identique à celui fait par l’ex-producteur Dimitri. 

Agression sexuelle ou "blague potache" ?

Ne supportant plus les remarques sexistes incessantes, qui pourraient s’apparenter à du harcèlement sexuel, Isabelle Giami a décidé de mettre à l’écrit chaque phrase déplacée : "2 septembre : Manu m’imite avec une voix de mémère : ‘J’ai pas 40 ans, j’en ai 50 et j’ai la chatte toute fripée’. 9 septembre : ‘Oh c’est l’automne c’est la saison des poireaux [qu’elle se] met dans la chatte’. 19 septembre : ‘Isa t’as déjà mis tes gros doigts dans ton gros cul ? […] Isa en boudin de porte, tu serais super’. 26 octobre : ‘Isa elle doit avoir la chatte acide’". En septembre 2022, elle aurait même été agressée par Nicolas Papon, promu co-animateur l’année suivante : "Il me soulève et me bloque contre la vitre du studio. Nicolas se frotte contre moi, sur mes seins, en mimant un acte sexuel. Il grogne dans mes oreilles. J’ai mal et je commence à crier d’arrêter. Mais il continue". Manu Lévy et lui était hilares et Nicolas Papon a été poussé à s’excuser par les témoins de la scène. Dix mois plus tard, les faits ont été rapportés à la direction des ressources humaines. Contre l’avis du CSE, la direction a seulement estimé qu’il s’agissait d’une "blague potache".

"T’es viré, il manque la cuillère"

Une ancienne co-animatrice et standardiste raconte avoir été rabaissée constamment par Manu Lévy lors des coupures publicitaires et musicales. Ces débriefs lors desquels toutes leurs erreurs sont soulignées par l’animateur sont un exemple parmi tant d’autres. Lors d’une semaine où l’émission était enregistrée dans une station de ski en 2017, un collègue et elle ont été punis et privés de ski après une émission ratée : "On n’avait pas le droit de sortir de nos chambres". "Il pétait des câbles quand on revenait de vacances et que les lumières avaient changé d’intensité", se souvient une autre ancienne co-animatrice. Un stagiaire chargé de lui amener son petit-déjeuner témoigne même : "Un matin, il a hurlé mon prénom. ‘T’es viré, il manque la cuillère pour le miel’ !". Un autre jour, l’animateur aurait également "éclaté sur le bureau" un téléphone qui grésillait. "Rien que d’entendre les notifications de ses messages me donnait des maux de bide. Une fois dans le taxi qui m’amenait à la radio, je me suis surprise à souhaiter avoir un accident de voiture pour ne pas y aller", confie anonymement une ancienne collaboratrice, qui s’est tournée vers une psychologue, tout comme un certain Jo qui n’a tenu que deux mois en 2021. "Pour faire partir en dépression un mec de 18 ans qui arrive avec des étoiles dans les yeux, il faut vraiment être un monstre", lâche-t-il.

"Nous sommes tant à avoir arrêté la radio"

Manu Lévy est également accusé de se moquer des salariés de NRJ en leur attribuant des surnoms humiliants tels que "Machin" ou "assistant Machin" pour le réalisateur, "Slutty (salope, en anglais) pour la traductrice", "Connasse", pour une employée du pôle communication et "Gruik gruik", le cri du cochon, pour un membre de la direction. Marie, une ex-standardiste, a également été marquée par le traitement réservé à une collègue homosexuelle qui "a fini l’année" en pleurs. Un autre était traité de "pédé dans son dos" : "Il lui disait quasi tous les jours : ‘Comment ça va ta maladie ?’". Quant à un vidéaste présent de 2018 à 2021, Manu Lévy lui imaginait une enfance "dans des bidonvilles" car il était originaire de l’Europe de l’Est. "Quand j’ai commencé, il avait d’autres souffre-douleurs. Puis tout le monde s’est barré, et ça a été moi", déclare Paul, community manager de l’émission pendant deux saisons. "Pour une vidéo d’une minute pour les réseaux sociaux, il va y avoir jusqu’à quinze à vingt versions dans la journée", avec des modifications parfois réclamées jusque dans la soirée pour Paul qui commençait à 4 heures du matin. Parmi les nombreux standardistes qui se sont succédés, un certain Édouard n’a tenu qu’un mois : "Pour chaque émission, il fallait trouver 30 à 35 auditeurs ‘valides’ (…) pour que Manu puisse en choisir six sur le panel".

Gaël Sanquer, le directeur délégué des médias musicaux chez NRJ, est tenu responsable par certains anciens salariés. Il est accusé d’avoir toujours défendu l’animateur face aux salariés. "Il est au courant, il a vu tant de gens pleurer dans son bureau", dénonce l’ex-producteur Dimitri . Manu Lévy, lui, nie tout en bloc : "Je suis exigeant, précis, rigoureux, mais je n’ai jamais méprisé personne. Je peux faire des ‘vannes’ en studio, mais jamais dans le but de me moquer". Il ajoute que ses remarques "sont toujours professionnelles, dans le but d’améliorer la qualité de l’émission". Dimitri insiste : "Il a tué nos rêves et nos ambitions, conclut Dimitri. Nous sommes tant à avoir arrêté la radio alors qu’on voulait faire ça toute notre vie".

Par
Hugo Mallais