Avec plusieurs millions de vues au compteur, sa vidéo L’Heure de trop, mise en ligne sur sa chaîne YouTube en novembre 2023, a marqué un tournant dans la carrière de Malik Bentalha. Cette parodie de L’Heure des Pros sur CNews illustre parfaitement sa nouvelle orientation artistique. "Je ne me vois pas vieillir et continuer à rester planqué dans mon coin. Je veux faire passer des messages. C’est aussi mon rôle en tant qu’humoriste", avait-il confié dans un long portrait accordé à GQ.
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Une parodie qui fait parler
Et nos confrères de rappeler : "L’ancien Malik, celui qui s’en serait soucié, aurait craint de vexer des producteurs ou des groupes médiatiques. Le nouveau souhaite dorénavant mettre son art au service de la société, quitte à aborder des sujets houleux ou froisser des personnalités médiatiques avec ses vidéos". Ce changement, Malik Bentalha l’assume pleinement, même s’il implique de rompre certains liens.
"Je ne ferai plus rien avec Canal+. Je trouve qu’aller faire quelque chose avec ce groupe, c’est cautionner la vision de la société qu’ont ses dirigeants aujourd’hui. Quand je vois tout ce qui se passe sur CNews et dans certaines émissions du groupe Canal, je ne peux plus faire le rigolo comme si de rien n’était", avait-il expliqué, affirmant qu’il "n’a pas peur" de se "les mettre à dos".
Malika Bentalha face à la divison
L’humoriste reconnaît toutefois avoir hésité avant de publier sa vidéo parodique visant Pascal Praud. "J’ai eu une montée de stress la veille de sa mise en ligne. Je croyais que ça allait m’attirer des problèmes. Mais je me suis dit qu’il fallait faire preuve d’un peu de courage", avait-il raconté en admettant même qu’il "aurait pu aller encore plus loin dans la parodie au vu de l’évolution de CNews". Dans un entretien accordé aux Inrockuptibles, l’humoriste est revenu sur l’impact de ses sketchs, la question de la satire politique et sa vision de la liberté d’expression.
Interrogé sur l’écho rencontré par ses vidéos, notamment L’Heure de trop sur TNews, il reconnaît avoir répondu à un manque : "J’ai grandi avec cet espace qui était pour moi occupé alors par Les Guignols de l’info. C’était un exutoire pour la bêtise du monde. Fin 2023, il y avait un vide. Les idées nauséabondes se libéraient et il n’y avait pas de contre, pas de réponse. Ça me faisait mal au ventre quand je rentrais le soir et que je voyais certains sujets". Pour lui, l’humour est aussi un moyen de créer du lien face à la montée des divisions.
"Je ne veux pas faire le discours Benetton, mais mes potes sont musulmans, juifs, catholiques, on se marre, on échange ensemble, et là, plus le temps passe et plus je me rends compte qu’une vraie division est en train de se créer. Ma parodie de Pascal Praud a un peu fait du bien à un moment où les gens en avaient besoin, mais je n’en avais pas du tout conscience. Je l’ai fait égoïstement en pensant à ce qui me fait du bien", a-t-il détaillé.
“Je ne m’autoproclame pas justicier politique”
Si certains voient dans ses vidéos une forme de résistance face à l’empire Bolloré, Malik Bentalha nuance. "Je ne m’autoproclame pas justicier politique. Quand j’écris sur CNews, ça me dépasse un peu, et je préfère ne pas enchaîner avec un autre sketch politique, donc je fais une parodie de Jul. Ce qui me plaît, c’est de pouvoir toucher à tout. On m’a demandé la suite de “L’Heure de trop sur TNews”, mais ce serait une erreur de la faire", a-t-il confié.
Une liberté de ton qui ne va pas sans obstacles… L’humoriste explique avoir essuyé de nombreux refus pour ses parodies : "Énormément d’acteurs ont dit non. C’est compliqué de s’attaquer à Canal+, qui est le premier financier du cinéma français. Et moi aussi mes films ont été financés par Canal+". La question de la censure et de la liberté d’expression reste centrale pour lui. L’humoriste insiste : "Je prône depuis toujours et je prônerai jusqu’à la fin la liberté d’expression. Si quelqu’un ressent le besoin de dire quelque chose, il doit le faire. Et je regrette qu’on censure des talents comme Blanche Gardin. Après, ce qui est regrettable, c’est qu’aujourd’hui, on fabrique ces affaires sur des extraits".
L’humoriste évoque les dérives
Et d’illustrer les dérives actuelles : "Dans le propos que peut avoir un humoriste ou une chroniqueuse, on prend un bout qui ne veut rien dire, on le donne à des relais sur les réseaux sociaux, et on oriente l’opinion avec ça. Et peu importe si c’est faux, il faut juste que ce soit du snack. On ne clique pas sur le lien, il y a une pub qui va s’ouvrir et on n’a pas envie, donc on ne regardera pas. On lit le titre, on passe à la suite, et là, c’est le grand n’importe quoi : ‘ah, Jean-Yves a été éliminé de Secret Story’ ; ‘tiens, l’Iran est attaqué’ ; ‘oh, machin a mis deux buts’…".