En tournée avec son troisième spectacle, Nouveau Monde, Malik Bentalha affiche un visage différent de celui que le public a longtemps connu. Plus profond, plus intime, l’humoriste explique dans les colonnes des Inrockuptibles avoir ressenti la nécessité de grandir après une période difficile. Après l’accueil mitigé de sa comédie d’aventure Jack Mimoun et les secrets de Val Verde, l’acteur a traversé un épisode de dépression. Une épreuve qui l’a poussé à revoir sa manière d’écrire et de monter sur scène.
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Mettre des mots sur ses blessures
"Je ne sais plus si c’est moi ou Mohamed Ali qui disait ‘être le même homme à 50 ans et à 20 ans, c’est avoir perdu trente ans de sa vie’. Je pense que le plus important, c’est d’évoluer, et j’ai eu la chance d’en prendre conscience", confie-t-il à nos confrères. Ce besoin d’authenticité s’est doublé d’un sentiment de liberté : "Ce qui m’embêtait un peu, c’est qu’il y ait beaucoup d’intervenants dans le processus de créativité, que ce soit au cinéma, à la télé ou même à la radio. J’ai eu besoin de retrouver le sentiment de liberté que j’avais sur scène".
Comme d’autres humoristes de sa génération, Malik Bentalha a choisi d’aborder frontalement la santé mentale. "Je ne sais pas ce que ces personnes ont traversé. Je sais que ce sont des moments difficiles, et j’imagine que c’est pour eux une manière d’exorciser la chose. Plus on sera nombreux à le faire, plus les nouvelles générations vont prendre conscience qu’il y a des blessures qui ne se voient pas", explique-t-il. Avant d’ajouter : "Moi, pendant longtemps, je pensais que pour avoir mal, il fallait que je saigne ou que j’aie le bras cassé. Et tu vois, à la fin de mon spectacle, il y a un gros passage sur la santé mentale".
Malik Bentalha se met à nu
Dans Nouveau Monde, l’artiste n’hésite pas à se mettre à nu. "Il a juste fallu, pour moi en tout cas, prendre le stylo et me demander à quel moment je m’étais senti en difficulté, pourquoi j’avais pris du poids, quel avait été mon rapport avec mon corps alourdi, comment la séparation de mes parents m’avait affecté… Bref, que des sujets où je devais me mettre à nu", a-t-il détaillé aux Inrocks. Cette transformation passe aussi par un changement radical dans son approche du stand-up. En effet, l’artiste a confié avoir "arrêté d’avoir l’obsession de l’humoriste qui cherche à mettre sans cesse du rythme dans ses phrases, à susciter le rire toutes les trente secondes". "Je me suis détaché de cette quête frénétique de la vanne, pour être plus sincère, quitte à ce que ça rigole moins ; j’ai cherché à toucher le public un peu plus en profondeur", a-t-il précisé.
Désormais, il assume de laisser tomber les artifices : "Pendant une heure trente, je ne dis que la vérité, il n’y a pas un mensonge. Avec mon nouveau spectacle, j’ai vu des gens pleurer à la fin devant les photos de moi quand j’étais dans un sale état à l’hôpital. Tu viens de parler aux gens, de leur ouvrir ton cœur, et en plus de ça, à la fin, ils voient que tu n’as pas triché". Un pari risqué qu’il assume pleinement : "Je pense qu’aujourd’hui le public désire ça : quelque chose de plus vrai, de plus brut, sans filtre. On revient à l’essentiel, au vrai. Sur ce spectacle, je me suis dit : ‘Sois toi-même, dis ce que tu as sur le cœur’. Je prenais un risque : ça passait ou ça cassait. Je ne savais pas si mon public allait comprendre où je voulais aller".