Dans un retournement de situation inattendu, la journaliste Marie Portolano se retrouve dans le box des accusés. Mise en examen le 15 août dernier pour complicité de diffamation, elle doit répondre des accusations de Pierre Ménès, qui conteste le contenu de son livre autobiographique.
Un livre au cœur de la polémique judiciaire
L’affaire trouve ses racines dans la publication, en mars 2024, du livre "Je suis la femme du plateau" aux éditions Stock. Dans cet ouvrage, Marie Portolano évoque les violences sexistes et sexuelles dont elle dit avoir été victime au cours de sa carrière. Sans jamais le nommer explicitement, elle y décrit une agression présumée survenue en août 2016 lors d’une émission du Canal Football Club.
Selon les informations révélées par le média Les Jours, Pierre Ménès s’est estimé "tout à fait identifiable" dans les passages incriminés. L’ancien chroniqueur vedette de Canal+ a donc saisi la justice le 11 juin dernier, déposant plainte avec constitution de partie civile pour diffamation publique à l’encontre de Marie Portolano et de Manuel Carcassonne, directeur des éditions Stock.
La mise en examen qui a suivi, prononcée le 15 août, constitue une procédure habituelle et quasi-automatique dans le cadre d’une plainte pour diffamation. Elle vise Marie Portolano pour complicité de diffamation, aux côtés de son éditeur.
Les passages qui font débat
Deux extraits du livre alimentent particulièrement la controverse. Le premier concerne l’épisode où Marie Portolano raconte avoir été agressée : "Il avoue qu’il l’a fait", écrit-elle en évoquant la confrontation avec son agresseur présumé. Le second passage évoque plus largement le comportement attribué à Pierre Ménès : "On a dit de lui qu’il avait un ‘droit de cuissage’. En fait, il faisait ce qui lui plaisait, sans jamais être réprimandé. Outre l’humiliation, tous genres confondus, il se permettait de faire ce que bon lui semblait aux femmes qui l’entouraient. De toucher qui il voulait où il voulait, avec le consentement non des personnes concernées évidemment, mais de celles qui auraient tout à fait pu l’arrêter, ses supérieurs hiérarchiques par exemple, toujours témoins de ces agissements."
Dans son livre, la journaliste détaille également l’agression présumée qu’elle dit avoir subie : on lui aurait "soulevé sa jupe puis touché les fesses", tant hors antenne qu’en plateau, devant ses collègues et le public présent lors d’une émission du 28 août 2016.
Ces accusations s’inscrivent dans le prolongement du documentaire "Je ne suis pas une salope, je suis journaliste", réalisé par Marie Portolano et Guillaume Priou en 2021. Ce film, diffusé sur Canal+, donnait la parole aux femmes journalistes de sport victimes de sexisme et de harcèlement. Cependant, selon Les Jours, plusieurs séquences concernant Pierre Ménès avaient été censurées par la direction de Canal+ avant la diffusion.
Des stratégies juridiques divergentes
Les avocats des deux camps affichent des positions tranchées. Christophe Bigot, conseil des éditions Stock, se montre perplexe quant à la stratégie de Pierre Ménès : "Je vois mal son intérêt à susciter un débat public à la barre du tribunal, alors que, Marie Portolano, elle, n’a jamais déposé plainte contre lui. Au-delà du coup de colère qui fait que Pierre Ménès dépose plainte, ce qui lui permet de faire un peu de com’ et de limiter la propagation du livre, je ne vois pas trop son intérêt d’aller jusqu’au bout. Quand on fait un procès de diffamation, on fait son propre procès."
De son côté, Nicolas Rebbot, avocat de Pierre Ménès, justifie la démarche de son client : "Ça permet au moins qu’il y ait un débat pour voir si, en effet, au moment où Marie Portolano écrit ces propos-là, noir sur blanc, elle disposait de preuves véritablement accessibles. Pour le dire, j’en doute."
Cette bataille judiciaire s’inscrit dans un contexte plus large pour Pierre Ménès. Depuis 2022, il reste visé par une enquête préliminaire du parquet de Nanterre pour des faits présumés de harcèlement sexuel et d’agression sexuelle. Il a été condamné en avril 2023 pour une agression sexuelle sur une vendeuse en 2018, mais avait été relaxé pour deux autres affaires similaires concernant une vendeuse et une hôtesse du Parc des Princes.
Pour Marie Portolano, cette mise en examen intervient à un moment charnière de sa carrière. La journaliste s’apprête en effet à prendre les commandes de l’émission "Les Maternelles" sur France 5.