La cour d’appel de Paris a entendu, ce vendredi 23 janvier 2026, des réquisitions particulièrement lourdes contre Christophe Ruggia. L’avocat général Alexis Bouroz a demandé une peine de cinq ans de prison, dont deux avec sursis, soit davantage que la condamnation prononcée en première instance. Une peine qui, si elle était suivie, rendrait impossible tout aménagement sous bracelet électronique. Dans ses réquisitions, le représentant du ministère public a tenu à rappeler que le temps écoulé entre les faits et leur révélation ne saurait affaiblir la parole de la victime.
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"La difficulté à parler, ça ne fait pas de la victime une menteuse", a-t-il insisté, ajoutant que l’"ancienneté des faits ne justifie aucune clémence particulière". Selon lui, "tous les éléments convergent dans le sens de la culpabilité" du réalisateur, s’appuyant notamment sur les déclarations "circonstanciées, réitérées" d’Adèle Haenel et sur le contexte du film Les Diables, œuvre qu’il juge "porteuse de risque" en raison de son sujet, la découverte de la sexualité chez des préadolescents. Alexis Bouroz s’est dit "convaincu" que Christophe Ruggia est "tombé amoureux de cette gamine à un moment", avant de conclure : "Je ne vous reprocherai jamais de tomber amoureux d’une enfant ; ce que je vous reproche, c’est d’être infoutu de vous contenir et d’avoir profité d’un rapport qui était par définition déséquilibré".
La parole d’Adèle Haenel, au centre de l’audience
Avant ces réquisitions, la cour avait longuement entendu Adèle Haenel. Interrogée par le président, l’actrice a d’abord exprimé sa difficulté à revenir devant la justice. "C’est dur de me retrouver ici à nouveau", a-t-elle confié, selon Mediapart. Elle est ensuite revenue sur la première journée du procès en appel : "Il m’a semblé [pendant toute cette première journée] entendre Monsieur Ruggia à demi avouer une partie des faits tout en niant sa responsabilité dans ces faits". L’actrice a dénoncé ce qu’elle appelle des "mensonges poisseux", évoquant également des "commentaires sur [son] physique, sur [son] orientation sexuelle", qu’elle juge "dégradants" et qui continueraient, selon elle, à faire porter la responsabilité sur "l’enfant [qu’elle était]", décrite comme aguichante à travers ses "regards enamourés".
Elle a expliqué combien ces événements ont détruit durablement son image d’elle-même. "C’est très difficile de vivre avec cette image de soi complètement détruite dès l’âge de 12 ans", a-t-elle confié. Dans une déclaration particulièrement forte, Adèle Haenel a parlé de la honte qui l’accompagne toujours : "La honte n’a pas changé de camp. Lui, ça ne lui foutra jamais la honte en fait et moi… moi j’ai honte. C’est ça que j’ai à dire". Elle a également confié qu’elle n’avait "jamais arrêté de pleurer" depuis la condamnation en première instance et qu’elle se sentait "dégoûtée" de devoir encore affronter "les mensonges poisseux de ce monsieur".
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Les conseils d’Adèle Haenel ont appuyé cette parole avec force. Me Anouck Michelin a rappelé qu’avec son confrère Yann Le Bras, ils accompagnent depuis six ans "deux personnes : une adulte et une enfant". "Pour cette enfant, je vous demande de dire le réel car elle en a besoin", a-t-elle lancé à la cour. Yann Le Bras a, pour sa part, insisté sur la cohérence du dossier : "Nous ne voyons pas ce qui pourrait la remettre en cause. Il y a à toutes les pages de ce dossier ce que vous avez fait. […] Adèle Haenel n’est ni manipulée ni vengeresse, elle demande juste à ce que vous remettiez le monde à l’endroit". Face à ces accusations, Christophe Ruggia persiste à nier toute agression.
Dès l’ouverture du procès en appel, le réalisateur, condamné en première instance à quatre ans de prison dont deux ferme sous bracelet électronique, a répété sa version des faits. "Si j’avais fait ce dont elle m’accuse, je n’aurais jamais pu me regarder dans une glace, j’aurais immédiatement cessé de la voir. Ça n’est jamais arrivé", a-t-il affirmé à la barre. Il a également dénoncé un "projet #MeToo" qu’Adèle Haenel aurait, selon lui, orchestré, comme l’avait rapporté Le Parisien. "Je n’ai jamais eu de geste déplacé ou à connotation sexuelle envers Adèle Haenel", a-t-il insisté.
Les faits reprochés remontent à la période où l’actrice était âgée de 12 à 14 ans. Après le tournage du film Les Diables, sorti en 2002, Adèle Haenel affirme avoir subi des attouchements et un harcèlement sexuel entre 2001 et 2004, principalement au domicile du réalisateur, où elle se rendait presque chaque samedi après-midi sous prétexte d’un accompagnement artistique. Le délibéré de la cour d’appel de Paris est attendu pour le vendredi 17 avril.