Plus de vingt ans après le tournage des Diables, le dossier judiciaire qui oppose Adèle Haenel à son ancien réalisateur connaît un nouveau chapitre. Condamné en première instance pour des faits d’"agressions sexuelles aggravées", Christophe Ruggia comparaît de nouveau devant la cour d’appel de Paris ce vendredi 19 décembre, après avoir contesté le jugement rendu l’an dernier. En février dernier, le tribunal correctionnel avait reconnu le cinéaste coupable d’agressions sexuelles sur la jeune actrice, alors mineure, et l’avait condamné à quatre ans de prison, dont deux ferme. Il avait également été condamné à verser 15 000 euros à Adèle Haenel au titre du préjudice moral, ainsi que 20 000 euros pour son suivi psychologique. Christophe Ruggia avait alors fait appel, niant toute infraction sexuelle.
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Un tournage fondateur, puis un silence brisé
L’audience doit se tenir ce vendredi, avant que la cour ne se retire pour délibérer à nouveau sur cette affaire dont les faits remontent au début des années 2000. En 2001, Christophe Ruggia confie à Adèle Haenel, alors âgée de 12 ans, le rôle principal des Diables. Le film, sorti en salles en 2002, marque les débuts de la comédienne et lance une carrière qui la mènera, quelques années plus tard, à décrocher deux César. Pendant longtemps, rien ne filtre publiquement sur les coulisses du tournage et il faut attendre novembre 2019 pour que l’actrice rompe le silence.
Dans une enquête publiée par Mediapart, elle affirme avoir été victime d’"attouchements" et de "harcèlement sexuel" de la part de Christophe Ruggia, durant le tournage mais aussi après, notamment lors de rencontres répétées au domicile du réalisateur entre 2001 et 2004, alors qu’elle avait entre 12 et 15 ans. À cette époque, Christophe Ruggia était âgé de 36 à 39 ans. Elle avait alors expliqué sa démarche : "Je dois le fait de pouvoir parler à celles qui ont parlé avant dans le cadre de #MeToo. C’est une responsabilité pour moi, aujourd’hui je ne suis pas dans la même précarité que la plupart des gens à qui ça arrive. Je voulais leur parler à eux. Leur dire qu’ils ne sont pas seuls".
Une "emprise involontaire de l’adulte" ?
Face aux accusations, Christophe Ruggia reconnaît une "emprise involontaire de l’adulte, metteur en scène" sur la jeune actrice et lui présente ses excuses, mais conteste toute dimension sexuelle. Une enquête est alors ouverte par le parquet de Paris et confiée à l’Office central de la répression de la violence faite aux personnes (OCRVP). Dans ce contexte, Adèle Haenel décide de porter plainte, affirmant attendre de la justice "un accompagnement et une réparation". En janvier 2020, le réalisateur est mis en examen et placé sous contrôle judiciaire.
Au fil de l’instruction, plusieurs éléments viennent étayer les accusations. Les enquêteurs découvrent notamment sur l’ordinateur du cinéaste un document de 173 pages intitulé "Adèle m’a tué", contenant des propos jugés ambigus, ainsi que des déclarations et des lettres d’amour adressées à l’actrice. Le procès en première instance s’est ouvert le 9 décembre 2024 devant le tribunal correctionnel de Paris. À la barre, Christophe Ruggia avait maintenu sa ligne de défense et nié toute intention sexuelle à l’égard de l’adolescente qu’était alors la comédienne. Face à ses explications, Adèle Haenel avait, à raison, laissé éclater sa colère. Lors du deuxième et dernier jour d’audience, elle avait notamment quitté la salle en lançant au prévenu un cinglant : "Mais ferme ta gueule !".
Alors que le parquet avait requis cinq ans de réclusion, dont deux ferme, le tribunal avait finalement prononcé une peine de quatre ans, dont deux ferme, pour "agressions sexuelles aggravées". Une décision dont Christophe Ruggia a fait appel, ouvrant la voie à ce nouveau procès. Ce vendredi 19 décembre, la cour d’appel de Paris devra donc réexaminer les faits et se prononcer une seconde fois sur une affaire devenue emblématique des violences sexuelles dénoncées dans le cinéma français.