Affaire Abbé Pierre : Pourquoi aucune enquête ne sera ouverte malgré la gravité des accusations ?

Publié le 4 février 2025 à 17:26
Cortay Philippe/ABACA
En juillet 2024, des accusations graves ont vu le jour à l’encontre de l’abbé Pierre… Des révélations qui ont choqué et qui continuent de faire couler beaucoup d'encre. Alors que l’Eglise catholique avait demandé une enquête pour non-dénonciation de viols et agressions sur mineurs, le parquet de Paris a décidé de ne pas y donner suite. 

En juillet 2024, des accusations graves ont émergé à l’encontre de l’abbé Pierre, figure emblématique de la lutte contre la pauvreté en France. Un rapport diligenté par Emmaüs International et la Fondation Abbé Pierre a recueilli les témoignages de sept femmes affirmant avoir été victimes de comportements inappropriés de sa part entre la fin des années 1970 et 2005. Ces témoignages évoquent des gestes déplacés, des baisers non consentis, et, dans certains cas, des actes plus graves tels que des agressions sexuelles incluant des masturbations et des fellations forcées. Parmi les plaignantes, au moins trois étaient mineures au moment des faits présumés.

Une onde de choc…

Ces révélations ont provoqué un véritable choc au sein des organisations fondées par l’abbé Pierre. La Fondation Abbé Pierre et Emmaüs International ont rapidement réagi en exprimant leur soutien aux victimes et leur détermination à faire toute la lumière sur ces allégations. Elles ont également annoncé la mise en place de dispositifs spécifiques pour accompagner les victimes et renforcer les mesures de prévention afin d’éviter que de tels abus ne se reproduisent à l’avenir. Cette affaire soulève des questions profondes sur la gestion des abus au sein des institutions caritatives et la nécessité d’une vigilance accrue pour protéger les personnes vulnérables.

Le parquet de Paris ne souhaite pas ouvrir d’enquête

Le parquet de Paris a annoncé ce mardi 4 février, qu’aucune enquête pénale ne pourra être engagée pour déterminer d’éventuelles responsabilités dans les nombreuses accusations d’agressions sexuelles visant l’abbé Pierre depuis l’été 2024, les faits étant prescrits, l’intéressé étant décédé en 2007. A la mi-janvier, l’Eglise catholique avait demandé à la justice d’étudier la possibilité d’ouvrir une enquête sur l’affaire abbé Pierre, avec un signalement "pour non-dénonciation de viols et agressions sexuelles sur personnes vulnérables et mineurs". C’est par courrier, comme le rapportent nos confrères du Monde que le 24 janvier dernier, "le parquet de Paris a fait savoir que l’action publique était éteinte par le décès du mis en cause en 2007 en ce qui le concernait personnellement, et prescrite en ce qui aurait éventuellement pu concerner des non-dénonciations de faits".

Et le ministère public de préciser : "Une enquête judiciaire a pour objectif de rechercher si des faits pénalement répréhensibles peuvent et doivent être jugés. S’il arrive que le parquet ouvre des enquêtes sur la dénonciation de faits manifestement prescrits au préjudice de mineurs, comme y a par ailleurs incité une circulaire ministérielle, c’est afin de rechercher si d’autres mineurs auraient par la suite été victimes de faits similaires". "Si ces faits plus récents s’avèrent non prescrits, le parquet peut alors engager des poursuites contre le mis en cause pour l’ensemble des faits. Ce n’est évidemment pas le cas lorsque celui-ci est décédé", a-t-on appris.

Par
Kahina Boudjidj