Affaire Abbé Pierre : Des archives dévoilent que le Vatican aurait été au courant de ses agissements dès 1955

Publié le 17 avril 2025 à 12:45
Cortay Philippe/ABACA
Et si le Vatican était au courant des agissements de l'abbé Pierre dès 1955 ? C'est ce qu'affirment les journalistes Marie-France Etchegoin et Laetitia Cherel, autrices de "L’Abbé Pierre, la fabrique d’un saint", paru ce jeudi 17 avril aux éditions Allary, archives à l'appui. 

En juillet 2024, de lourdes accusations ont été portées contre l’abbé Pierre, figure historique de la lutte contre la précarité en France. Un rapport commandé par Emmaüs International et la Fondation Abbé Pierre a recueilli les récits de sept femmes affirmant avoir été victimes de comportements inappropriés de sa part, entre la fin des années 1970 et 2005. Ces témoignages relatent des gestes déplacés, des baisers imposés, ainsi que des agressions sexuelles plus graves, telles que des masturbations ou des fellations forcées. Parmi les victimes présumées, au moins trois étaient mineures au moment des faits.

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Aucune poursuites pénales en raison de la prescription des faits

Ces révélations ont provoqué un profond bouleversement au sein des organisations créées par l’abbé Pierre. Et en février dernier, le parquet de Paris a fait savoir qu’il ne pouvait engager de poursuites pénales concernant les accusations d’agressions sexuelles visant l’abbé Pierre, en raison de la prescription des faits et du décès de l’intéressé en 2007. À la mi-janvier, l’Église catholique avait pourtant sollicité la justice afin qu’elle examine l’éventualité d’une enquête, en adressant un signalement "pour non-dénonciation de viols et agressions sexuelles sur personnes vulnérables et mineurs". Comme l’ont rapporté nos confrères du Monde, c’est par courrier daté du 24 janvier que "le parquet de Paris a fait savoir que l’action publique était éteinte par le décès du mis en cause en 2007 en ce qui le concernait personnellement, et prescrite en ce qui aurait éventuellement pu concerner des non-dénonciations de faits".

Le Vatican était-il au courant depuis 1955 ? 

Selon un livre enquête paru ce jeudi 17 avril, qui se base sur des archives du Saint-Siège, "Dès l’automne 1955, non seulement le haut clergé français connaissait la face noire et la dangerosité de l’abbé Pierre mais le Saint-Siège aussi", affirment les journalistes Marie-France Etchegoin et Laetitia Cherel dans "L’Abbé Pierre, la fabrique d’un saint", aux éditions Allary. Comme le précisent nos confrères du Parisien, "elles rapportent une ‘procédure judiciaire, entamée par l’organe de la curie romaine chargé de contrôler les mœurs et la foi des membres de l’Église, le Saint-Office’, qui a été ‘freinée par les évêques en France, vite refermée et enterrée deux ans plus tard, en 1957’".  

Nos consoeurs se sont basées sur les archives du Dicastère pour la Doctrine de la foi, qu’elles ont consultées en mars 2025. Dans leur livre, on retrouve, entre autres, le compte rendu d’une réunion plénière de la Suprême congrégation du Saint-Office sur le cas de l’abbé Pierre datant du 18 mars 1957. Dans ce document de dix pages, les autrices ont découvert "la chronologie des agissements sexuels de l’abbé Pierre de 1955 à 1957", ainsi que des "courriers d’alerte des cardinaux américain et canadien en 1955, et les décisions du Saint-Office"

La Conférence des évêques de France réagit

Suite à ces révélations, La Conférence des évêques de France (CEF) a indiqué que "Les éléments mis au jour sont graves, et méritent d’être creusés". Et d’indiquer, comme le rapporte l’AFP, qu’elle allait "se rapprocher" du Vatican afin de "faire la lumière" sur ces nouveaux éléments, dont elle assure qu’elle "n’avait pas connaissance". Dans son communiqué, la CEF a ajouté que c’est "une bonne chose que la vérité puisse être faite, et c’est d’ailleurs pour cela que la CEF a ouvert les archives du Centre national des archives de l’Église de France (CNAEF) dès septembre 2024, et a demandé au Saint-Siège d’enquêter dans ses archives". Enfin, la CEF a conclu sur le fait que "Les éléments mis au jour sont graves, et méritent d’être creusés, pour comprendre ce qui s’est passé, et quel a été le comportement des évêques français", qui était alors responsables à l’époque. Affaire à suivre. 

Par
Kahina Boudjidj