Accusé de viol et d’agressions sexuelles, le psychanalyste Gérard Miller sort du silence

Publié le 1 février 2024 à 5:47
STARFACE
Alors que le magazine Elle a révélé plusieurs témoignages accusant Gérard Miller de viol et d'agressions sexuelles sous l'emprise d'hypnose, le psychanalyste a pris la parole pour s'expliquer.

Gérard Miller suscite la polémique. Le 31 janvier, le magazine Elle a publié une enquête consacrée à Gérard Miller. Le célèbre psychanalyste est accusé d’agressions sexuelles et d’un viol par plusieurs femmes, dont la journaliste et autrice Muriel Cousin. L’ex-chroniqueur de Laurent Ruquier aurait notamment usé de l’hypnose pour abuser de ses présumées victimes. Ce jeudi 1er février, Gérard Miller a ainsi pris la parole sur Twitter en réponse aux accusations dont il fait l’objet : "Dans son dernier numéro, le magazine Elle publie les propos de femmes me mettant très gravement en cause. Après les avoir lus, ma réaction immédiate est simple : je prends acte de ce qu’elles ont ressenti et ressentent encore aujourd’hui, personne ne saurait en témoigner à leur place. Je sais que depuis le début du mouvement #Meetoo, des paroles essentielles ont émergé, qui remettent en cause la façon dont les rapports hommes-femmes sont constitués dans notre société, sur la base d’une incontestable domination masculine."

Gérard Miller, qui s’est déjà positionné en faveur des femmes victimes de violences sexuelles dans les médias par le passé, explique comprendre que la parole se libère tout en réfutant les faits lui étant reprochés : "Nous devons interroger nos comportements à l’aune de ce que les femmes disent à présent et, si ce n’est déjà fait, en changer radicalement. Certes, de mes rencontres avec les femmes que j’ai connues à ce jour, du premier au dernier instant où nous avons été ensemble, j’ai été attentif au moindre accusé de réception négatif de leur part. En ce qui concerne précisément les femmes qui me mettent en cause, si quelque chose leur a déplu lorsqu’elles étaient avec moi, je n’ai aucune hésitation à l’affirmer : rien de ce que j’ai perçu ne m’indiquait qu’elles voulaient mettre un terme à la situation, car sinon à l’instant même j’y aurais mis un terme."

Concernant l’hypnose, le psychanalyste assure n’avoir jamais fait usage de cette pratique dans le but d’abuser d’une femme non-consentante : "Mais je vois bien aussi que c’est le mot hypnose qui résonne haut et fort dans l’article d’Elle. Le mot intrigue, il inquiète, et il me faut donc lever ici une confusion entre ce qui est de l’hypnose et ce qui n’en est pas. Ayant travaillé pendant de longues années sur l’hypnose, parce qu’elle appartenait à la préhistoire de la psychanalyse, je ne l’ai jamais pratiquée dans mon cabinet, avec des patients, mais pas davantage à mon domicile. Je dis bien : jamais. Les seules séances d’hypnose que j’ai organisées l’ont été sans exception en public, notamment devant les étudiants de mes cours à l’université où j’étais professeur, et on en trouve le récit dans les textes que j’ai pu écrire sur le sujet. (…) Il s’est toujours agi d’un contexte ludique, où n’étaient envisagés que quelques tests élémentaires, exactement comme on prend l’initiative dans une soirée d’organiser un jeu. Celui ou celle qui acceptait de s’y livrer n’était absolument pas hypnotisé, il restait parfaitement conscient, en totale possession de ses moyens, réfléchissant et parlant normalement, suivant dans le détail tout ce qui se passait, le commentant et pouvant bien sûr l’interrompre lui-même à n’importe quel moment, surtout si quoi que ce soit lui était désagréable, à plus forte raison si quoique ce soit lui évoquait un tant soit peu une atteinte à son intégrité physique. Évidemment, il est arrivé que ces tests se déroulent lors d’une rencontre, mais cela ne changeait en rien leur déroulement, et encore moins le fait que l’expression d’un refus ou même la moindre manifestation de gêne mettaient immédiatement fin à ce qui ne devait pas aller plus loin."

"Avec toutes les femmes, j’ai la conviction de n’avoir contraint personne, prenant au pied de la lettre tout embarras, tout refus, et ce tout particulièrement quand je m’engageais sur le chemin de la séduction", poursuit Gérard Miller, qui n’a pas précisé s’il comptait poursuivre le magazine Elle en justice. "Mais même si je trouve injuste l’article du magazine Elle, même si je sais qu’il n’y a jamais eu quoique ce soit qu’on puisse qualifier d’agression sexuelle ou, pire, de viol, je n’en comprends pas moins, puisque c’est de ça dont parle l’article du magazine, qu’on puisse dire qu’un rapport inégalitaire existait objectivement dans les relations que je pouvais avoir avec des femmes plus jeunes que moi, et ce avant même que je n’ouvre la bouche et ne prenne la moindre initiative. Psychanalyste, universitaire, auteur, chroniqueur télé et radio, j’étais de fait un « homme de pouvoir », et il y avait dès lors une dissymétrie « objective », dont on peut se dire aujourd’hui qu’elle était purement et simplement rédhibitoire."

Par
Benoît Lesueur