Nom, prénom, adresse ? Prise d’empreintes, puis photo anthropométrique. Greg (incarné par Gilles Lellouche), visage fermé, est en garde à vue. Comment ce flic, qui a mis sa vie et ses idéaux au service de la police, s’est-il retrouvé là où il envoyait les voyous ? Idem pour Yass (Karim Leklou) et Antoine (François Civil), ses coéquipiers, embarqués en même temps que lui… Cédric Jimenez s’est inspiré du « scandale de la Bac Nord », affaire hypermédiatisée en 2012, alors que François Hollande venait de succéder à Nicolas Sarkozy à l’Élysée. Dix-huit flics de la Bac (la Brigade anti-criminalité) de Marseille sont arrêtés après une enquête de la police des polices. Les « baqueux » sont mis en examen pour vol, extorsion et détention de stupéfiants. On leur reproche, au mieux, le racket de dealers pour rémunérer des indics, au pire, un enrichissement personnel. Depuis, la justice est passée : en avril 2021, sept fonctionnaires ont été relaxés et les onze autres ont écopé de peines légères, avec sursis. Le parquet, qui avait fait appel, a finalement renoncé en juin 2022.
UN BRÛLOT
Le réalisateur de La French et de Novembre ne pouvait pas passer à côté d’un tel sujet. « J’ai ressenti le besoin de savoir à quel point ces policiers avaient pu franchir la ligne jaune. J’ai grandi dans ces quartiers difficiles, je me sens légitime d’en parler. Que les flics déconnent là-bas, ça n’a rien d’étonnant : ce sont des zones abandonnées par l’État et qui répondent à des codes particuliers. La police n’échappe pas à cela. » Et le cinéaste ajoute : « La médiatisation de l’affaire semblait teintée d’hypocrisie, avec Manuel Valls qui déclarait qu’il allait nettoyer la police ! […] Ces flics n’étaient sûrement pas irréprochables, comment l’institution pouvait-elle autant se cacher derrière les accusés ? Mais ne pas montrer ce que je perçois, par crainte d’être récupéré (le RN s’est servi du film pour brandir le drapeau sécuritaire, ndlr), c’est le choix du pire. »
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UNE HUMANITÉ CABOSSÉE
Avant de se lancer, le réalisateur a rencontré les protagonistes, les flics incriminés, comme « les mecs de la cité ». Il a attendu que les langues se délient un peu, jusqu’à avoir assez d’informations. Si Bac Nord nous scotche à notre siège par sa mise en scène haletante (virée à contresens sur l’autoroute, courses-poursuites effrénées, assaut dantesque d’un immeuble servant à stocker la drogue…), ce sont surtout les trois policiers qui nous touchent d’abord par leur humanité cabossée. Gilles Lellouche (Greg, le plus expérimenté), Karim Leklou (Yass, le gars « carré ») et François Civil (Antoine, le chien fou du trio), qui a bien bossé son accent marseillais, incarnent avec fougue et pas mal de sensibilité ces flics pressés par leur hiérarchie de courir après les flagrants délits, pour faire du chiffre… et qui dérapent. Porté par ses comédiens, Bac Nord a été le grand succès d’août 2021. À l’automne, il avait franchi la barre des 2 millions de spectateurs, juste après Kaamelott et Dune.
BAC Nord : dimanche 18 janvier 21h10 sur France 2