Tout s’est bien passé (France 2) – André Dussollier : « J’ai rarement interprété des types aussi méchants »

Mis à jour le 8 janvier 2026 à 17:35
Carole BETHUEL, Foz, Mandarin Production
François Ozon adapte le livre d’Emmanuèle Bernheim, avec Sophie Marceau dans le rôle de la romancière accompagnant son père, incarné par André Dussollier, dans ses derniers jours.

La vie peut basculer sur un coup de téléphone. Emmanuèle est assise à son bureau, concentrée. Son portable sonne, elle décroche : « Quoi ? Quand ? » Tout s’accélère : la course aux urgences, sa soeur (Géraldine Pailhas), qu’elle attrape au vol, le choc de découvrir leur père lourdement amoindri par un AVC, et la demande qu’il lui fait de l’aider à mourir, ce que la loi française condamne. Il faudra aller en Suisse. Comment refuser à son père cette ultime demande ? Mais comment l’accepter ?

Deux ans après Grâce à Dieu, sur la pédophilie dans l’Église, François Ozon abordait, en 2021, un autre fait de société, le droit à mourir dans la dignité, en portant à l’écran le livre témoignage d’Emmanuèle Bernheim, paru en 2013. L’écrivaine, décédée en 2017, y racontait l’incroyable fin de vie de son père, l’industriel André Bernheim, collectionneur d’art, bisexuel et grand jouisseur de l’existence : « J’ai été bouleversé de découvrir et de partager son expérience avec son père. J’ai adoré le rythme, le ton, la fin qui s’emballe, le suspense final, avec un côté presque polar », confie Ozon. 

TOUT SIMPLEMENT SOPHIE MARCEAU 

Le réalisateur de Jeune & jolie rêvait depuis longtemps de travailler avec l’actrice de La Boum. « Sophie est une actrice de ma génération. J’ai grandi avec elle, elle m’a toujours intéressé. J’ai aimé la filmer aujourd’hui dans sa cinquantaine. Elle ne compose pas, elle ressent et exprime sa sensibilité », s’enthousiasme le réalisateur. On comprend son bonheur. La comédienne avait décliné plusieurs de ses propositions, dont 8 femmes (2001). « Je n’étais pas au rendez-vous de ses histoires. Mais l’envie était réciproque, confie-t-elle. Je me suis identifiée à cette femme qui prend cette demande à bras-le-corps, même si elle n’est pas d’accord. Je suis une accompagnatrice dans l’âme. J’ai besoin de protéger, de tenir la main de ceux que j’aime. » 

À l’écran, l’amour filial entre Emmanuèle et ce paternel imbuvable et égoïste ne va pas de soi. On comprend qu’avoir grandi à ses côtés n’a pas été rose. « Tu étais tellement vilaine, petite », lâche, sans prévenir, celui qui continue à aimer Brahms et exige de déjeuner une dernière fois au très select Voltaire, pour s’y régaler de vins de caractère. Écrit comme un thriller (il faut tenir secret la planification de l’ultime voyage en Suisse, sinon c’est la garde à vue pour les soeurs), le film accompagne le parcours intime d’Emmanuèle, sans que cela ne devienne un débat sur l’euthanasie. Sans afféterie ni pathos, Tout s’est bien passé ressemble tout simplement à la vie, passe des larmes au rire, et trace en creux un portrait de Sophie Marceau, magnifique de naturel, face à André Dussollier en grande forme, sous les prothèses de l’odieux André Bernheim. Un rôle sur mesure que l’acteur attendait avec une certaine impatience : « J’ai rarement interprété des types aussi méchants, mais j’avoue que ça fait du bien, après avoir joué les polis pendant cinquante ans… »

Tout s’est bien passé, dimanche 6 octobre à 21h10 sur France 2

ISABELLE MAGNIER 

Par
Isabelle Magnier