Les hommes préfèrent les blondes (Arte) : Quand Jane Russell prend sous son aile Marilyn Monroe

Publié le 9 octobre 2022 à 14:47
© 1953 Twentieth Century Fox Fil
Soixante-neuf ans après la sortie de la célèbre comédie, en faire une nouvelle lecture n’est pas interdit. Une blonde et une brune qui ont autant d’esprit que de sex-appeal, un piège tendu à la misogynie?

“Tiffany’s, Cartier, Black Starr… Diamonds Are a Girl’s Best Friend", chante Marilyn, les poignets parés de ses pierres précieuses chéries, sous les regards de boys enamourés. Cette séquence mythique a fixé son image de sex-symbol, sacralisée, trente ans plus tard, par Madonna, dans son clip Material Girl. Avant que cette séquence culte n’émoustille à nouveau nos sens, le rideau s’ouvre sur une scène de cabaret. Marilyn Monroe et Jane Russell ondulent en lamé rouge et entonnent Two Little Girls From Little Rock, elles sont comme deux soeurs jumelles, nées (vraiment) sous le signe des Gémeaux.

Lorelei, blonde faussement candide, n’aime rien tant que les hommes riches, tandis que Dorothy, brune à l’esprit vif, craque pour les beaux gosses sans le sou. En quête du mari idéal, voilà les deux meneuses de revue embarquées sur un luxueux paquebot. Cap sur la France… Les débuts des comédiennes se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Elles se sont hissées au sommet de Hollywood par la seule grâce de leur plastique : beauté dénudée sur un calendrier pour Marilyn, pin-up alanguie dans le foin pour Jane. Dans les années 40 et 50, poser pour des photos de charme étaient un passage obligé pour celles qui rêvaient de faire carrière à Hollywood. 

Aujourd’hui, on peut regarder la comédie musicale de Howard Hawks comme une revanche de ces deux soeurs de cinéma sur les hommes. Tous les héros masculins du film sont dépourvus de séduction. Zéro charisme. Gus, le fiancé de Lorelei, est un benêt derrière de grosses lunettes, monsieur Minet (surnommé Piggy, « porcinet », dans la VO), ciblé par les deux amies pour sa mine de diamants, se croit irrésistible malgré son embonpoint, tandis qu’un détective privé se retrouve affublé d’un déshabillé. 

Sur le plateau comme à l’écran, elles se sont bien entendues, Jane Russell, plus expérimentée, allant jusqu’à prendre sous son aile sa cadette, tétanisée à l’idée de ne pas être à la hauteur. Au grand soulagement du réalisateur : « Marilyn était une petite fille extrêmement craintive, qui n’avait aucune confiance en ses capacités. » Jane et Marilyn ont peaufiné ensemble les chorégraphies, cherchant l’accord parfait. Dans le film, Monroe met dans la bouche de son personnage de jolie écervelée cette réplique futée : « Je sais être intelligente quand il le faut, mais cela ne plaît pas aux hommes. » Personne n’est parfait !

Les hommes préfèrent les blondes : lundi 31 mars à 20h55 sur Arte

Par
Isabelle Magnier