Haute couture (France 2) – Lyna Khoudri : « Certains films m’ont évité des thérapies »

Publié le 10 septembre 2023 à 11:33
Roger DO MINH - © 2019 - Les Films du 24 / Les Productions du Renard / Les Productions Jouror
Nathalie Baye et Lyna Khoudri illuminent cette fable sociale généreuse et positive. Un rien cousue de fil blanc, mais qu’importe.

“Dior nous a gentiment dévoilé ses coulisses, je me suis faite toute petite pour observer les couturières au travail, raconte Nathalie Baye. Elles manipulent les tissus avec précaution, elles ont des gestes très précis, dont je me suis nourrie. Je les admire d’autant plus que je ne suis pas douée pour la couture, j’arrive au mieux à coudre un bouton !" Une immersion féconde parmi « les petites mains » de la haute couture, dont l’actrice restitue parfaitement la réalité du travail dans cette fable moderne.

Une histoire de transmission, de partage et de tolérance, dans laquelle Nathalie Baye incarne Esther, première d’atelier chez le célèbre couturier, qui va prendre sous son aile, bienveillante mais rugueuse, Jade (Lyna Khoudri), une ado de banlieue au caractère bien trempé. Entre ces deux femmes, que tout sépare en apparence, tout avait mal commencé, puisque Jade vole le sac à main d’Esther dans le métro. Prise de remords, elle le lui rapporte à son atelier de la très chic avenue Montaigne. Et, contre toute attente, Esther lui offre de devenir stagiaire et d’apprendre le métier de cousette. On retrouve un peu de la regrettée Geneviève de Fontenay chez Esther : du chic assorti d’une gouaille populaire. Un beau personnage de femme blessée, que Nathalie Baye a pris en affection : "Esther n’a personne à qui parler, si ce n’est ses roses. C’est une femme seule, qui se raccroche à son métier. Ne plus voir sa fille, avec qui elle est en froid, la mine. Tendre la main à une jeune voleuse de banlieue est une manière de rattraper les erreurs de son passé."

Avec Lyna Khoudri, sa partenaire, ce fut aussi une belle rencontre autour de cette touchante histoire, qui dépasse heureusement les clichés sur la banlieue (malgré, ici et là, quelques accrocs). "Sophie Ohayon, la réalisatrice, a grandi à la Cité des 4 000, à La Courneuve (93). Elle n’aura jamais un regard erroné sur la fille de banlieue, parce que c’est elle, en fait", explique Lyna. Selon la comédienne, lauréate du César du Meilleur espoir féminin en 2020 pour Papicha, Haute couture est le récit d’un double sauvetage : Esther et Jade s’aident mutuellement pour ne pas sombrer, l’une dans la dépression, l’autre dans la délinquance. Chacune délaisse ses préjugés, vaincus par le partage et la sororité généreuse. "Ce scénario m’a conquise. Je trouvais très joli ce lien entre mon personnage, en manque de figure maternelle, et celui de Nathalie, en manque de sa fille. Cela résonnait en moi : il y a la famille de sang, et celle que l’on se choisit.

Beaucoup de jolies scènes émaillent le film. Dans l’une d’elles, Esther explique que la mode a le pouvoir de fabriquer un peu de beauté pour réparer le monde. C’est aussi vrai pour le cinéma. Lyna Khoudri le pense : "Nous ne sauvons pas des vies, mais je crois que des films peuvent changer les choses. En tout cas, certains m’ont évité des thérapies ou m’ont permis d’affûter mon regard sur le monde qui m’entoure." Sans se hausser du col, tout en sincérité, Haute couture est de ceux-là, avec ses habits de conte de fées moderne. 

Haute couture, dimanche 10 septembre à 21h10 sur France 2

Par
Julien Barcilon