Il était une fois Tess McGill, une secrétaire new-yorkaise qui rêvait de s’élever socialement dans l’Amérique des années 80, et d’être reconnue pour ses qualités dans un univers impitoyable… En 1988, Mike Nichols, qui révéla Dustin Hoffman en 1967 avec Le Lauréat, pose son regard affûté sur le monde des affaires en s’attachant, aux antipodes des traders à bretelles du Wall Street d’Oliver Stone, aux invisibles, sans qui rien ne serait possible : les secrétaires. Par milliers, comme Tess, elles investissent dès l’aube les buildings de Manhattan, loin de leurs banlieues dortoirs. Elles sont les petites mains du rêve américain… auquel elles n’ont pas accès malgré le mantra proactif ressassé par les puissants : « Quand on veut, on peut. »
À lire également
Rush (Arte) : L’énorme préparation de Chris Hemsworth et Daniel Brühl pour camper des pilotes de F1
Tess veut y croire, elle bosse dur, prend des cours du soir, avec l’espoir de percer le plafond de verre. Tout semble bien parti pour la jeune femme, qui débute comme assistante de Katherine Parker, une businesswoman bien née qui ne manque pas une occasion de la challenger : « Tess, on ne réussit jamais en restant les bras croisés. La réussite dépend de soi. » Une fausse empathie dissimulant un mépris de caste que Tess, bien trop naïve, ne capte pas. Aussi, l’oie blanche confie-t-elle une idée de fusion-acquisition qu’elle trouve pertinente. À raison, Katherine lui pique l’idée illico ! Un accident de ski providentiel éloigne la sorcière habillée en Prada. Tess découvre l’entourloupe et décide de tordre les règles pour enfin tenter sa chance. « Ce que j’aime avant tout, ce sont ces comédies de moeurs d’autrefois, qui hésitaient entre le réalisme et le conte de fées, explique Nichols. Mais fautil opposer les deux ? » Absolument pas, la preuve par Working Girl, une comédie jubilatoire, qui s’inscrit dans la veine positive et sarcastique du cinéma de Frank Capra.
À lire également
UN CONTE DE FÉES MODERNE
« C’est un film sur la vie très artificielle et cloisonnée de bureau. Tout y obéit à des codes précis et il y a des barrières de classe invisibles mais très fortes », explique le cinéaste, qui a choisi Melanie Griffith pour incarner son héroïne. Contrairement à ses partenaires – Sigourney Weaver excelle en snobinarde méprisante et Harrison Ford, alias Jack Trainer, assure en prince charmant cador des affaires –, Melanie n’était pas star. À l’écran, constamment touchante, elle mène le jeu. Nichols est son premier fan : « Elle est authentique, drôle et sexy. C’est une grande actrice. Elle me rappelle étrangement Al Pacino ou Robert De Niro. Elle attaque ses scènes avec une énergie dévastatrice. » Tess sera son rôle le plus emblématique : « La jouer a tout changé pour moi », déclarait-elle récemment. « Avec Sigourney, nous avons passé plusieurs semaines dans des sociétés de courtage. J’ai pu voir travailler cadres et secrétaires. Certaines sont traitées durement. » Cette comédie romantique et sociale les met à l’honneur. En 2018, Melanie Griffith confiait : « Des millions de femmes ont eu cette expérience, c’est pourquoi beaucoup d’entre elles aiment ce film et me racontent encore aujourd’hui comment il a changé leur vie. Si Tess était là, elle dirigerait Google ! »
Working Girl, dimanche 14 juillet à 21h00 sur Arte
J. BARCILON