Création en 3D
« Ça a été un travail de très longue haleine. Pour un plan de quatre secondes, il faut trente dessins préparatoires, puis une centaine d’autres plus poussés, des mises en couleur, des effets spéciaux… Par exemple, il m’a fallu dessiner Titeuf dans de nouvelles postures : comment va-t-il marcher, courir, respirer, bouger les paupières ? Il fallait faire exister Titeuf comme un comédien et réfléchir à ses émotions. Je sais ce qu’il pense, ce qu’il se passe en lui, mais pour le traduire dans un jeu d’acteur, c’était encore une autre histoire. C’est aussi le cas de ses copains, Manu, Hugo, Nadia…, de ses parents. J’étais entouré de dessinateurs très expérimentés, dont certains avaient travaillé sur des films de Disney. Ils ont une science de l’animation sur ordinateur que je n’ai pas. »
Croquer Johnny
« Je travaillais sur une séquence dans laquelle Titeuf rencontre un personnage imaginaire : l’adulte héroïque parfait, selon Titeuf, quelqu’un qui a des certitudes, qui lui explique la vie, une sorte d’aventurier solitaire revenu de tout. J’ai pensé que ce serait bien de faire passer quelques idées à travers une chanson. J’ai tout de suite pensé à Johnny Hallyday. Son look de cow-boy en cuir est génial à dessiner. Il a accepté tout de suite. En revanche, cela a mis pas mal de temps à se concrétiser, vu son agenda. Il est venu à Paris enregistrer son dialogue et la chanson (La route est ta seule amie, écrite et composée par Zep sur les conseils de son ami Jean-Jacques Goldman), le jour de son anniversaire, le 15 juin 2009, pendant sa dernière tournée. »
À lire également
La petite sirène (M6) : Halle Bailey : « Si j’avais eu une petite sirène noire enfant… »
Une histoire inédite
« J’ai eu envie que l’on retrouve dans le scénario le double niveau que j’aime dans les albums : la vie d’enfant de Titeuf et le monde des adultes autour de lui, qu’il essaie de comprendre, sans y parvenir vraiment. Ici, il veut à tout prix être invité à l’anniversaire de Nadia, dont il est amoureux, tandis que l’ombre de la séparation de ses parents plane sur lui. Ça m’intéresse parce que, lorsque j’écris ces histoires, je me sens à la fois Titeuf et le père que je suis dans la vraie vie. »
Souvenirs d’enfance
« Titeuf est né sur les pages d’un carnet intime, dans lequel je dessinais mes souvenirs d’école. J’écrivais à la première personne l’histoire de ce garçon, comme si c’était aujourd’hui. Je l’ai coiffé d’une mèche parce que j’avais la flemme de dessiner sa chevelure. Sa tête en forme d’oeuf m’a inspiré son nom, Titeuf. J’avais envie d’un ton réaliste, d’un langage vrai, surtout pas édulcoré. J’ai eu des refus partout. J’ai publié quelques pages dans un fanzine à Genève, que Jean-Claude Camano, éditeur chez Glénat, a vues et aimées. C’est ainsi que tout a démarré, en 1992, avec le premier album de la série : Dieu, le sexe et les bretelles. »
Titeuf, le film, mardi 6 juin à 21h05 sur Gulli
PROPOS RECUEILLIS PAR ISABELLE MAGNIER