Robin des Bois (TMC) – Budget qui explose, vol, fracture… retour sur un tournage chaotique !

Publié le 20 juin 2024 à 13:11
UNIVERSAL PICTURES
C’était un projet idéal, dédié à un héros mythique, et confié au tandem gagnant de Gladiator. Mais de la théorie à la pratique…

En 2007, les studios hollywoodiens s’arrachent le scénario d’Ethan Reiff et de Cyrus Voris, qui dépeint un Robin des Bois cynique et un shérif de Nottingham sympa, courtisant tous deux la belle Marianne. Universal l’achète un million de dollars et le confie à Ridley Scott. Problème : celui-ci déteste ce script, autant que la version de 1938, avec Errol Flynn, et le Prince des voleurs de 1991, avec Kevin Costner, lâchant : « Je préfère la parodie de Mel Brooks, Sacré Robin des Bois ! »

L’histoire est réécrite par trois auteurs à tour de rôle – pour un surcoût de 6,7 millions ! –, et ce qu’il en reste débute en France, après la mort du roi Richard Coeur de Lion. Le chevalier Loxley, à l’agonie pendant la croisade, demande à Robin Longstride de prendre son identité et de retourner en Angleterre pour éviter que ses terres ne soient confisquées par le vil roi Jean. Sachant que les traîtres sont à l’oeuvre et qu’une invasion française se prépare, Robin et ses amis tentent de sauver le royaume… 

Pour jouer le rôle-titre, Russell Crowe obtient 20 millions, un pourcentage des recettes et un statut de producteur. À 45 ans, l’Australien, qui s’est empâté, se met à la diète. Il fait acheter pour 120 000 dollars d’équipements de musculation à la production, s’entraîne au tir à l’arc, et atteint des cibles à 45 mètres ! Sa compatriote Cate Blanchett hérite du rôle de Marianne. Côté français, Léa Seydoux est Isabelle d’Angoulême et Jonathan Zaccaï, le roi Philippe Auguste. Cette cinquième collaboration de Scott et Crowe se passe si mal que ce sera la dernière. Les obstacles se multiplient : la vraie forêt de Sherwood, protégée, doit être remplacée par les bois du Surrey. Le budget initial (pourtant costaud) de 155 millions de dollars explosant, de nombreuses tenues de  Kingdom of Heaven (du même réalisateur) sont recyclées. 

L’ARDOISE S’ENVOLE ! 

Pour la scène finale, mille figurants et plus de cent chevaux sont mobilisés. Si Crowe est irritable, il reste calme : « Je me suis fracturé les deux jambes en sautant du haut d’une herse de château. Je n’ai rien dit et suis revenu travailler le lendemain. » Scott ne s’en rend pas compte : obnubilé par son désir d’authenticité, il fait fabriquer 10 000 flèches avec des pointes en caoutchouc, puis investit 70 000 dollars dans la construction d’un bélier, selon les méthodes médiévales. À quelques jours du clap final, le hangar de stockage est fracturé, et les caméras volées. Nouveau retard : l’ardoise s’envole ! 

Lorsque le film est présenté à Cannes, en 2010, les médias anglo-saxons raillent l’accent anglais peu crédible de Crowe. Et les historiens s’étouffent en découvrant des barges de débarquement qui n’ont jamais existé et des armures anachroniques. Avec 322 millions de dollars de recettes, le studio ne rentre pas dans ses frais. Qu’importe, le public en prend plein les yeux. Finalement, ce Robin s’avère fidèle à la théorie du ruissellement, chère au héros de la forêt de Sherwood : prendre aux riches pour donner au peuple !

Robin des bois est diffusé jeudi 20 juin à 21h25 sur TMC.

Par
Pascal Pinteau