Priscilla, folle du désert (Arte) – Terence Stamp : « J’ai dû réfléchir à ce que cela faisait de ne pas être né dans le bon corps »

Publié le 30 juillet 2025 à 9:22
Gros succès à sa sortie, en 1994, cette histoire de trois drag-queens traversant l’Australie en bus est devenue culte. En voici la genèse, tandis qu’une suite est en préparation. 

UNE FOLLE ÉPOPÉE ! 

Une drag-queen hilare, ultra maquillée, vêtue d’une robe argentée, agrémentée d’une immense traîne, juchée sur le toit d’un autobus filant à bonne vitesse sur une piste au milieu d’un désert de sable rouge, le tout sur Mamma Mia, d’Abba… Voilà l’une des images emblématiques de Priscilla, folle du désert. Sorti en 1994, ce film reste, trente ans plus tard, comme un éclair de fraîcheur, de sensibilité et de joie, récompensé par un Oscar (Meilleurs costumes) en 1995. Il fallait pourtant oser, à cette époque, produire et tourner une histoire racontant la drôle d’épopée de deux drag-queens, jouées par Hugo Weaving et Guy Pearce, et d’une femme trans, incarnée par Terence Stamp, traversant l’Australie depuis Sydney jusqu’à Alice Springs à bord d’un bus nommé Priscilla. 

Mais comment ce film s’est-il monté ? L’histoire s’inspire de la vie de trois drag-queens australiennes, dont les noms de scène étaient Cindy Pastel, Strykermeyer et Lady Bump. Il était question qu’elles interprètent leurs propres rôles, mais le projet prenant de plus en plus d’ampleur, il s’est avéré indispensable de s’appuyer sur des acteurs plus bankable. Les noms de David Bowie, John Cleese, Tony Curtis et John Hurt circulaient pour le rôle de Ralph, alias « Bernadette », mais c’est Terence Stamp qui a été choisi pour interpréter la plus âgée du trio. 

UN TOURNAGE AU SEIN DE LA TRIBU DES LURITJA 

L’acteur britannique hésite cependant quelque temps avant d’accepter le rôle : « J’ai dû réfléchir à ce que cela faisait de ne pas être né dans le bon corps et comment ressentir des émotions qui n’étaient pas en adéquation avec le corps dans lequel j’évoluais. Je trouvais que c’était plus simple pour Hugo et Guy, qui jouaient la plupart du temps en tenues de drag-queens. Ce n’était pas le cas pour moi. Le rôle me demandait d’aller chercher encore plus du côté de l’émotion. » Le réalisateur, l’Australien Stephan Elliott, a écrit le synopsis en quelques jours, alors qu’il attendait la réponse de Phil Collins pour un autre film (Frauds). Le projet, présenté à Cannes pendant l’édition 1991, intéresse et séduit suffisamment pour rassembler un budget plutôt modeste de 2,7 millions de dollars australiens. 

Une fois le casting réuni, le tournage débute alors à Sydney, au sein de L’Impérial Hotel, connu pour avoir accueilli des shows de drag-queens depuis le début des années 80. Pour les scènes où Bernadette, Tick (Hugo Weaving) et Felicia (Guy Pearce) font la rencontre d’une autre communauté tenue à l’écart, les Aborigènes, le réalisateur et la production sont allés poser leurs caméras à Kings Canyon, dans le parc national de Watarrka, où vit, depuis plus de vingt mille ans, le peuple Luritja. 

Plébiscité dans le monde entier, Priscilla, folle du désert aura même droit à un clin d’oeil en forme d’hommage, une chaussure géante à talon aiguille figurant dans le film, intégrée au cortège défilant lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Sydney, en 2000. Stephan Elliott a annoncé, en 2024, qu’une suite était en préparation. 

Priscilla, folle du désert, mercredi 30 juillet à 20h55 sur Arte

Par
Frédérick Rapilly