Avant Platoon, sorti en 1986, il y a eu Voyage au bout de l’enfer, de Michael Cimino, en 1978, et Apocalypse Now, de Coppola, l’année suivante. Stanley Kubrick dégainera son Full Metal Jacket en 1987. Platoon tranche avec ces trois chefs-d’oeuvre, parce qu’il se regarde différemment, à travers les yeux d’Oliver Stone.
Fils de la haute bourgeoisie newyorkaise (une mère française, un père chargé des finances auprès du général qui allait devenir président, Dwight D. Eisenhower), étudiant à l’université de Yale, il partira au Vietnam le 14 septembre 1967, la fleur au fusil, affecté à la 25e division d’infanterie, puis à la 1re de cavalerie. « J’ai été très influencé par le John Wayne d’Iwo Jima. […] De la guerre considérée comme rite de passage. Si vous y surviviez, vous pouviez survivre à tout. Ça a été en tout cas la raison majeure de mon départ. Je voulais connaître le pire », confiait-il au quotidien Le Monde, en 1987.
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Il reviendra blessé, médaillé, le pire gravé dans sa mémoire. « Platoon, je l’ai écrit en 1976. C’était ma réponse à la guerre, explique cet ancien élève de Martin Scorsese. Ça m’a pris huit ans pour le mener à bien. […] Personne n’en voulait, tout le monde le trouvait “trop déprimant, trop dur, trop sombre”. » Excepté le convaincu Michael Cimino, qui le produira.
BAPTÊME DU FEU
Oliver Stone ressuscite ce Vietnam qui le dévorait, à travers son alter ego fictif, Chris Taylor ( Charlie Sheen, dans les pas de son père, Martin, le capitaine Willard d’Apocalypse Now), témoin de la rivalité de ses supérieurs, Barnes, démon au visage balafré (Tom Berenger), et le sage Elias (superbe Willem Dafoe). Plongé dans l’horreur et l’absurdité de la guerre, le fantassin, dont l’enthousiasme se brise à force de corvées et d’opérations à la recherche d’un ennemi qui connaît mieux le terrain et le piège.
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Sa première rencontre avec la mort : une embuscade, la nuit, se confond avec le vécu d’Oliver Stone : « C’étaient des soldats de l’armée nord-vietnamienne. Des très bons, bien équipés. C’est là que j’ai compris que j’avais eu une vision romantique de la guerre. Dès lors, il n’était plus question que de survivre. » Plus loin dans le film, la section de Chris pénètre dans un village. Barnes y met le feu et menace de tuer tout le monde. « On a incendié beaucoup de villages… J’ai sauvé une jeune fille du viol et de la mort. J’ai combattu, j’ai tué, failli être tué. Le combat est affaire de hasard. Rien à voir avec l’héroïsme […] J’ai eu de la chance », poursuit Stone.
Cinéaste surdoué et controversé, il signe un film majeur sur le bourbier vietnamien et y révélait, au passage, les petits nouveaux Johnny Depp, Kevin Dillon et Forest Whitaker. Oliver Stone dit que la guerre du Vietnam s’est terminée le dernier jour du tournage. « Ça a été l’un des plus beaux jours de ma vie. Je me sentais bien. Libéré de cette bête de la jungle. » Trois ans plus tard, il sortira Né un 4 juillet, l’odyssée de Ron Kovic, vétéran devenu pacifiste, joué par Tom Cruise.
Platoon, dimanche 15 février à 21h00 sur Arte