Au mitan des années 2010, Steven Soderbergh se déclare en retraite du cinéma. Le réalisateur de Sexe, mensonges et vidéo, Erin Brokovich et Ocean’s Eleven a même officialisé symboliquement la chose en partant tourner l’excellente série The Knick. Mais il n’aura pas fallu longtemps pour que le cinéaste touche-à-tout retrouve le chemin du grand écran : en 2017 sortait Logan Lucky, sa désopilante comédie policière sur deux frères, de véritables bras cassés, qui tentent de monter le coup du siècle en piquant les recettes de la plus grosse course automobile de l’année. Seul problème : le meilleur braqueur de coffre-fort du pays est en prison, et il va d’abord falloir organiser son évasion…
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Soderbergh raconte que le scénario lui est « tombé dessus » sans qu’il s’y attende, et qu’il voyait très précisément ce qu’il pourrait en faire. « C’est une sorte de frère inversé d’Ocean’s Eleven, car, dans Logan Lucky, les héros n’ont pas d’argent et n’ont aucune technologie à disposition. Ce ne sont pas des délinquants et, contrairement à la bande d’Ocean, ils doivent apprendre le boulot. Un casse fait par des péquenauds ! Je trouvais ça marrant. » Cependant, l’origine de ce script, signé d’une certaine Rebecca Blunt, inconnue au bataillon et soi-disant amie de la famille, serait en réalité une vaste supercherie : selon toute vraisemblance, il s’agirait d’un prête-nom pour Jules Asner, la femme de Steven Soderbergh, qui ne voulait surtout pas que la presse résume le film à une combine de couple. Quitte à mentir, au point d’inventer une biographie à ladite Blunt !
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DIALOGUES CROUSTILLANTS
Mais Logan Lucky vaut bien mieux que ce petit arrangement avec la réalité. Soderbergh capte comme personne l’atmosphère de la Virginie occidentale, monde rural marginal et attachant, traversé ici par l’humour malicieux du réalisateur. Tourné en trente-six jours et sans l’appui d’un studio, le film réunit un casting d’enfer, composé notamment de Channing Tatum (super avec ses kilos en trop, loin de son image bodybuildée de Magic Mike), d’Adam Driver (alors en pleine ascension) et de Daniel Craig, qui s’est autorisé à remiser temporairement le costume de James Bond pour incarner le bien nommé Joe Bang, perceur de coffres peroxydé : « Ce personnage a été un énorme plaisir à jouer. L’histoire ne reposait pas sur mes épaules, donc je pouvais me laisser aller et m’en donner à coeur joie. Dès que j’ai lu le scénario, j’ai cherché une façon de parler qui puisse correspondre à ce Joe Bang. Et, sans demander l’avis de qui que ce soit, je me suis teint les cheveux ! »
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Une façon très personnelle de se réinventer, dont Steven Soderbergh, grand amateur d’expérimentations, a évidemment aimé la radicalité. « J’imagine que ne pas avoir à porter tout le film sur ses épaules a dû être un soulagement. Et je pensais bien que ça lui plairait : c’est le meilleur rôle du film, il a les dialogues les plus croustillants ! Daniel est tout le contraire du cliché de l’acteur sombre et taciturne. Dans la vie, c’est un gars super sympa. »
Logan Lucky, samedi 8 novembre à 21.05 sur France 4