Little Miss Sunshine (Arte) – Pourquoi Alan Arkin a été ravi qu’ Abigail Breslin ne remporte pas un Oscar à l’âge de 10 ans

Publié le 10 août 2025 à 14:03
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En 2006, cette comédie familiale iconoclaste, impertinente et pertinente, déconstruisait le genre avec autant d’humour piquant que de tendresse. 100 % culte.

Dans la famille Hoover, je demande le père, Richard (Greg Kinnear), qui se rêve gourou du développement personnel et de la gagne, alors qu’il peine à se faire publier et récolte quelques dollars avec des séminaires de la lose pour chômeurs. Le grand-père (Alan Arkin), vétéran de la Seconde Guerre mondiale, qui vient de se faire virer de sa maison de retraite pour usage de cocaïne et érotomanie compulsive. Le tonton (Steve Carell), gay et suicidaire qui, en plus de s’être fait briser le coeur, a perdu sa place de plus grand connaisseur américain de Proust. Demandez aussi le frère, Dwayne (Paul Dano), ado gothique inquiétant (il est fan de Nietzsche !) et mutique (tant qu’il n’aura pas intégré l’US Air Force !) La mère, Sheryl (Toni Collette), à l’image de Marge Simpson, est la seule à avoir les pieds sur terre, et rame pour garder les siens à flots. Et enfin Olive (Abigail Breslin), la benjamine, blondinette boulotte de 8 ans, qui s’imagine Miss Amérique. Elle est retenue pour concourir à Little Miss Sunshine, en Californie. 

 

La famille est au bord de la crise de nerfs, tant les frustrations pèsent sur chacun. Et si elle se mettait en mode « pause », le temps d’offrir une part de rêve à Olive ? Ni une, ni deux, tous s’entassent dans le combi Volkswagen hors d’âge, direction L.A. Soit 48 heures de thérapie collective salvatrice ! Dans le voyage, c’est établi, le chemin importe davantage que la destination… En 2006, débarquée du Festival de cinéma indépendant de Sundance, cette pépite tragicomique, réalisée par deux novices, Valerie Faris et Jonathan Dayton (des cadors du clip qui ont oeuvré pour Red Hot Chili Peppers, REM…), s’impose comme LA comédie phénomène. 

FEEL GOOD (ROAD) MOVIE 

En dynamitant, façon puzzle, les codes de la comédie familiale, Little Miss Sunshine nous embarque, sous la forme d’un road movie, sur un itinéraire bis vibrant de bonnes ondes… à mille lieues des clichés et du pathos habituel. Les Hoover n’ont rien d’une famille modèle, ils ont tous un pet au casque, et c’est pour ça que le public a plébiscité cette tribu dysfonctionnelle. « On a un peu forcé le trait, mais ce qui fait que le film fonctionne, c’est qu’il y a une vérité émotionnelle. S’il y a effectivement quelque chose d’un peu artificiel dans le fait que les Hoover sont tous tordus, leurs intentions et leurs choix nous semblent sonner juste », analyse Dayton.

Et leur côté losers magnifiques adeptes du « un pour tous, tous pour Olive » a trouvé écho en chacun. C’est ce qui s’appelle faire famille, non ? Du vitriol, une belle dose d’irrévérence, une troupe en état de grâce, un max de tendresse : le cocktail est bien frappé, politiquement incorrect et sacrément euphorisant. À la clé : deux Oscars, dont l’un pour Alan Arkin, le César du Meilleur film étranger, et d’autres prix à foison. Fidèle à son personnage, le lauréat s’est réjoui qu’Abigail Breslin, nommée à 10 ans à l’Oscar, ne l’ait pas remporté : « Abbie a encore besoin de rester une enfant ! » Sincère, bienveillant et inattendu. À l’image de ce chouette film.

Little Miss Sunshine, dimanche 10 août à 21h00 sur Arte

Par
Julien Barcilon