Les Infiltrés (Arte) – Pourquoi tourner avec Jack Nicholson a été un pari risqué pour Martin Scorsese

Mis à jour le 9 janvier 2026 à 16:19
En 2007, Martin Scorsese décroche un Oscar, avec ce remake d’un polar asiatique au casting en or massif, dont une nouvelle recrue dans sa famille de cinéma : Jack Nicholson !

Bizarrement, Martin Scorsese et Jack Nicholson, deux monstres sacrés du cinéma et figures iconiques du nouvel Hollywood des années 70, n’avaient jamais travaillé ensemble. Quelques rendez-vous manqués entre le maestro new-yorkais (Les Affranchis, Casino…) et la star de la côte Ouest, passée à la postérité avec ses interprétations dantesques (Easy Rider, Shining…), que le cinéaste n’explique pas, sinon par l’éloignement géographique. Les planètes n’étaient tout simplement jamais en ordre… de bataille ! Car faire tourner Jack Nicholson, c’est un peu partir au combat. Il est de ces acteurs que l’on ne dirige pas, on les accompagne dans leur créativité, pour le meilleur et, parfois, le pire. Un acteur doué comme lui a le potentiel de ruiner un film, mais on fait appel à lui précisément pour sa dangerosité imprévisible. Scorsese le sait : « Il fallait que je prenne le risque. » Pari gagné au-delà de toutes ses espérances. 

En 2006, la rencontre au sommet a donc bien lieu, et cette « anomalie » prend fin avec Les Infiltrés, polar rugueux et vertigineux inspiré par le thriller hongkongais Infernal Affairs. Mais de justesse… Les deux géants l’avaient dans un premier temps refusé, malgré la qualité du scénario (signé William Monahan), qui place l’histoire à Boston. La ville devient le théâtre d’une tragédie moderne, comme le plus grand peintre de la mafia du 7e art les orchestre si bien : « Dans Les Infiltrés, personne ne peut faire confiance à personne. Tout le monde ment à tout le monde. Voilà ce qui a déclenché l’étincelle, ce qui m’a mis en colère et m’a permis d’avancer. »

Outre la pègre, Scorsese se plonge, cette fois, chez les policiers, avec la même force de frappe, un pessimisme identique sur la noirceur de la nature humaine. Toute la police de Boston, incorruptibles ou ripoux, gravite autour d’une seule personne : Francis Costello. Dans le rôle du parrain psychopathe, Nicholson est salement tordu. Il en fait des caisses, et c’est si bon. L’incarnation du mal absolu est dans la place. 

GÉNIALEMENT MÉCHANT 

« J’ai vu Jack prendre des décisions intéressantes et libératrices pour son rôle. Son obscénité et sa violence illustrent parfaitement le propos du film », se réjouit Scorsese. C’est parce qu’il avait carte blanche pour façonner son personnage qu’il emporte tout. Avec Marty, tout est travail d’équipe. Le matin, Nicholson arrivait sur le plateau les yeux pétillants : « J’ai des idées ! » Mais pourquoi donc a-t-il posé à ses pieds un extincteur, une bouteille de whisky et un calibre pour la première prise du film ? Face à ce génie du coup d’éclat, Matt Damon excelle en premier de la Police Academy corrompu jusqu’à l’os, et Leonardo DiCaprio hausse son niveau de jeu à l’égal de Nicholson, en taupe infiltrée dans l’entourage du caïd par une hiérarchie sans scrupule. « Quand Jack improvise et vous met un pistolet sur la tempe, croyez-moi, vous trouvez illico le ton juste », se souvient DiCaprio. « Je ne savais pas s’il allait tirer ou non. Même si vous utilisez des balles à blanc, c’est très dangereux », précise Scorsese. Imprévisible et intense : c’est Jack tout craché.

Les Infiltrés, est diffusé dimanche 26 janvier à 21h10 sur Arte

JULIEN BARCILON 

Par
Julien Barcilon