Un embouteillage. Rien que de très normal. Soudain, un homme-oiseau s’échappe d’un fourgon sanitaire, créant la panique parmi les automobilistes. Aucune piqûre d’araignée, aucune substance radioactive n’est à l’origine de cette mutation, comme chez les superhéros. Avec la scénariste Pauline Munier, Thomas Cailley (Les Combattants) a imaginé une autre histoire : partout dans le monde, un mystérieux virus transforme, par étapes, les humains en animaux. Certains les appellent créatures, d’autres, qui les rejettent, bestioles. François et Émile, un père et son fils de 17 ans (Romains Duris et Paul Kircher), sont habitués. Léna, leur épouse et mère, a été contaminée. Lors de son transfert vers un centre d’isolement dans les Landes, elle a profité d’un accident sur la route pour disparaître dans la forêt. Le père et l’adolescent déménagent alors dans le Sud, s’installent au camping, à la lisière des arbres pour partir à sa recherche… « Avec l’urgence écologique actuelle, décrypte le réalisateur, je crois qu’il est vital d’inventer de nouveaux récits qui explorent nos interactions avec le reste du vivant. Non par le prisme de l’effondrement inévitable ou d’un énième récit post-apocalyptique, mais en donnant à voir un élan vital, violent et créateur. Une nouvelle frontière. »
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DES MÉTAMORPHOSES
Au centre de sa fable écologiste, Thomas Cailley met en scène une belle relation père-fils, qui repose sur la transmission, parfaitement incarnée par Romain Duris, à son meilleur dans le rôle d’un papa poule exigeant, adepte de la désobéissance civile et du bio, et Paul Kircher (révélé dans Le Lycéen, de Christophe Honoré), 21 ans, déjà un talent fou, ici dans les baskets d’un adolescent inflammable. « Paul m’a immédiatement séduit, confie le cinéaste. Il m’a fait cette impression de ne pas avoir conscience de sa puissance. On sent en lui une énergie indomptable, une part sauvage. » Bientôt, l’ado, qui cherche ses marques au lycée, tombe amoureux, s’arrache, en cachette, les griffes qui commencent à pousser sous ses ongles, voit les crocs poindre sous ses dents… À son tour, il sent grandir inexorablement sa part animale.
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DES EFFETS TRÈS SPÉCIAUX
Ici, nulle prise de vues en studio, tout est tourné en décors naturels, notamment dans les parties anciennes de la forêt landaise (certaines détruites par les incendies de l’été 2022), ni effets spéciaux tape-à-l’oeil. À l’exception de quelques recours au numérique et d’une marionnette, le bestiaire mutant est incarné par des acteurs. Ainsi, sans la danseuse contemporaine Victoria Belén, la drôle de femme poulpe qui sème le chaos dans un supermarché n’existerait pas. Fort de prothèses ingénieuses et d’une intense préparation à l’expression corporelle, Tom Mercier (vu dans la série La Corde, sur Arte) compose Fix, un troublant homme-oiseau, merveilleuse évocation d’Icare tombé du ciel. En revanche, pour préserver la magie et le suspense, nous ne vous dirons rien de l’animal qui couve sous la peau de Paul Kircher. À vous de le découvrir.
Le règne animal, dimanche 7 décembre à 21h10 sur France 2