Avec Le Grand Bain, carton de l’année 2018 (un peu plus de 4,2 millions de spectateurs), Gilles Lellouche signait, à 46 ans, son premier long-métrage en solo (après Narco, coréalisé avec Tristan Aurouet) et faisait oublier l’image de mâle alpha, un brin macho, qui lui collait à la peau. Impossible d’oublier ses sept irrésistibles quinquas qui décident de soigner leur crise existentielle en formant une improbable équipe de natation synchronisée, en vue de participer aux championnats du monde, en Suède. Bertrand (Mathieu Amalric), dépressif chronique, est vissé au jeu vidéo Candy Crush, mais aimé par sa femme, Claire (Marina Foïs), qui l’encourage à quitter son canapé. Direction la piscine. Rien de tel que l’eau pour soigner le vague à l’âme. Le voilà à brasser avec Laurent (Guillaume Canet), noyé dans sa colère, Thierry (Philippe Katerine), l’employé gentiment perché de la piscine municipale, Marcus (Benoît Poelvoorde), petit patron grande gueule et mythomane, qui seront rejoints bientôt par d’autres camarades d’entraînement…
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Pour que ces grands gosses au bout du rouleau aient un avenir et, qui sait, montent sur la première marche du podium, Lellouche a placé deux femmes à poigne au bord du bassin. « J’ai commencé à écrire ce film bien avant #MeToo. J’avais envie de déviriliser les hommes et de masculiniser les femmes, de leur donner la place qu’elles ont dans le monde. Je pense très sincèrement que le moteur des hommes, leur volonté, leur courage viennent des femmes », assure-t-il.
CLAQUETTES ET COACHING DE CHOC
Ainsi, Delphine, entraîneuse de natation, ex-championne et alcoolique repentie, exhorte ses athlètes aux gambettes velues à « rechercher la fille qui est en eux ». Virginie Efira, en short et claquettes, l’incarne, entre rire et larmes, avec fantaisie et un plaisir évident. Auréolée à l’époque du succès de Victoria, brillante comédie de Justine Triet (Anatomie d’une chute), l’actrice confiait ne pas attendre forcément un tel projet : « Un film choral initié par quelqu’un dont je connaissais peu l’univers. C’est en discutant avec Gilles que j’ai été conquise. En découvrant, à Cannes, Le Grand Bain achevé, j’ai trouvé que le film réussissait à être humble alors que son casting aurait pu faire croire à une démonstration de force. »
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Dans le rôle d’Amanda, l’ancienne coéquipière de Delphine, devenue paraplégique, Leïla Bekhti révèle un génie comique et une fragilité troublante. Cravache en main et insultes de bonhomme en guise d’encouragements, elle emmène cette équipe de « gros lards » jusqu’à la compétition. « Au début, Amanda m’a fait peur. Il fallait que je trouve son instinct, que je comprenne la violence qu’elle avait en elle. » Au taquet, Bekhti crée quelques-unes des meilleures séquences de cette ode au collectif et, un peu avant l’heure, à l’homme déconstruit. Entre répliques qui tuent, pétages de plombs et attendrissants moments de camaraderie, on pique une tête sans hésiter avec ces adeptes de l’amitié et du serrage de coudes.
Le grand bain, dimanche 11 mai à 21h10 sur France 2