“J’ai été frappée par la façon dont ce livre décrit, de l’intérieur, les rouages de l’emprise et, surtout, cette violence intime du couple, confie Valérie Donzelli. Cette histoire de relation toxique avait des résonances dans ma vie. Je ne l’avais jamais lue de façon aussi claire." La réalisatrice de La guerre est déclarée a trouvé dans ce roman percutant la matière d’un film noir, un genre qu’elle rêvait d’expérimenter depuis longtemps, avec comme saint patron, Alfred Hitchcock.
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Pour raconter le calvaire de Blanche Renard (Bénédicte Ombredanne dans l’oeuvre littéraire), elle a coécrit le scénario avec la cinéaste Audrey Diwan, auteure de L’Événement (d’après le livre d’Annie Ernaux) et d’une relecture féministe d’Emmanuelle, le film de Just Jaeckin. « Contrairement au livre, qui raconte l’histoire d’une femme déjà piégée, je voulais expliquer comment elle en était arrivée à vivre l’enfer, précise Valérie Donzelli. Avec Audrey, nous avons mis en commun nos expériences et celle de notre entourage, sur l’emprise et la violence des hommes. » L’Amour et les Forêts met donc en scène la figure du pervers narcissique, qui fait parler de lui depuis la vague #MeToo, ce mouvement féministe né en 2007 aux États- Unis, qui prit de l’ampleur après l’affaire Weinstein, en 2017.
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LE CONTE VIRE AU CAUCHEMAR
Blanche est en convalescence d’une rupture douloureuse lorsqu’elle retrouve, par hasard, Grégoire Lamoureux, un ancien camarade de classe. Avec un nom pareil, on a tôt fait de se dire que le type n’est pas net. Blanche aurait dû se méfier, mais elle se laisse séduire par le gentil employé de banque, attentionné et épris. Elle l’épouse. Ce sera pour le pire. Grégoire prétexte une mutation pour déménager. Voilà Blanche, enceinte, déracinée du côté de Metz, loin de sa côte normande chérie, dans une maison en lisière de forêt. Sans crier gare, le prince charmant a mué en loup.
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Flairant que Blanche n’a pas une grande estime de soi, malgré une vie d’enseignante accomplie, il s’attelle à la priver de liberté : à l’arrivée du deuxième enfant, elle se sacrifie, s’occupe de tout à la maison. Au collège, elle est assaillie par les appels incessants de son mari : « Où es-tu ? » « Que fais-tu ? » « À quelle heure rentres-tu ? » De flicage en privations (ils n’iront pas fêter Noël en Normandie), d’humiliations en fausses cajoleries, les coups finissent par tomber.
Virginie Efira, dont le visage décline toute la palette des émotions, s’est imposée d’emblée : « J’avais interprété sa meilleure amie dans Madeleine Collins, précise Donzelli. Elle m’avait impressionnée. Pour Grégoire, Melvil Poupaud est arrivé plus tard. Lui aussi comme une évidence. » L’acteur de Grâce à Dieu, de François Ozon, livre une performance glaçante : « Je voulais créer un salopard de cinéma. Propre sur lui, sec, tendu. Un homme d’apparence paisible, mais noir à l’intérieur. Je me sentais bien dans l’espace de jeu, je sentais le méchant en moi : j’en étais à la fois content et content que ça s’arrête. » Cela tombe bien, la déchéance de cet horrible « petit monsieur » finira par arriver.
L’Amour et les Forêts, mercredi 26 novembre à 21h10 sur France 2