"Quand j’ai lu L’Histoire de Pi pour la première fois, je me suis dit que personne de sain d’esprit ne s’aviserait d’en faire un film", avoue Ang Lee. De M. Night Shyamalan (Sixième Sens) à Jean-Pierre Jeunet (Le fabuleux destin d’Amélie Poulain) en passant par Alfonso Cuarón (Gravity), beaucoup ont essayé d’adapter le best-seller mystico-épique du Québécois Yann Martel… en vain. Il faut avouer que tenir en haleine les spectateurs durant deux heures en leur racontant le périple d’un jeune Indien et d’un tigre, seuls à la dérive sur le Pacifique, demandait une certaine audace !
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“Un parcours du combattant”
Le défi est d’autant plus difficile que les péripéties de Piscine Molitor Patel, alias Pi, réunissent les trois bêtes noires des metteurs en scène : tourner avec des enfants, des animaux et de l’eau. Mais il en faut plus pour freiner le cinéaste taïwanais, Oscar du meilleur Réalisateur pour Le Secret de Brokeback Mountain : "J’ai accepté justement parce que c’était un projet impossible ! J’y ai consacré quatre années et chaque étape a été un parcours du combattant." Principal obstacle : l’océan. Pour faciliter la production, Lee a la bonne idée de faire construire, à Taïwan, un gigantesque bassin de 6,4 millions de litres d’eau (le plus grand jamais créé) pour simuler les tempêtes. Pendant les travaux, le cinéaste cherche son héros. Il ne veut pas entendre parler de star, il auditionne 3 000 jeunes du monde entier. La candeur de Suraj Sharma (17 ans au moment du tournage) le séduit d’emblée. Mais nouvelle difficulté : ce fils d’une économiste et d’un ingénieur informatique ne sait pas nager ! Or, certaines séquences nécessitent de tenir en apnée au moins une minute sous l’eau… "Heureusement, Suraj n’avait pas peur, précise Lee. Il est devenu un véritable nageur et a réalisé lui-même les cascades." Pour l’ado originaire de New Delhi, l’expérience du film devient un vrai voyage initiatique. Il accepte tout, pratique intensivement le yoga et mange thon et salade pour perdre progressivement du poids, comme Pi, le héros. Pour être crédible, Suraj est initié à la survie en haute mer par Steven Callahan, naufragé qui a survécu soixante-seize jours à bord d’un radeau de sauvetage sur l’Atlantique. Pourtant novice, il redouble d’imagination pour jouer face au vide.
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Stupéfiant de réalisme
Car son partenaire principal, Richard Parker, un tigre du Bengale, a été entièrement créé en images de synthèse ! Les assureurs interdisant qu’un acteur et un vrai tigre soient dans le même plan. Le jeune comédien n’a jamais approché un seul des quatre véritables fauves présents sur le plateau. Ces derniers ont été utilisés pour les plans où le félin est seul et ont servi de référence aux animateurs 3D. L’équipe a ainsi recréé les félins étape par étape ; d’abord le squelette, puis les muscles et enfin le pelage. Pour donner vie au tigre, il faudra 700 graphistes et plus d’un an et demi de postproduction. Le résultat est stupéfiant de réalisme. Aux Oscars 2013, cette fable onirique sur la recherche de Dieu fut le film le plus récompensé avec quatre statuettes, dont celle du meilleur Réalisateur.
L’odyssée de PI, mercredi 12 juillet à 20h55 sur Arte
Uriell Ceillier