« Ce fut incroyablement éprouvant » : Luc Besson revient sur le tournage de son film culte Subway (France 5)

Publié le 1 décembre 2023 à 10:33
© Gaumont / Les Films du Loup / TSF Productions / TF1 Films Production
En 1985, le réalisateur filmait Christophe Lambert et Isabelle Adjani dans ce monde souterrain, de façon inédite. Un décor unique pour un polar choc et branché.

Depuis son inauguration, en 1900, on ne compte plus les scènes qui ont été tournées dans le métro parisien. Certaines sont devenues cultes : Belmondo sur le toit d’une rame de la ligne 6, dans Peur sur la ville, les trois potes de banlieue, dans La Haine, coursés par la police sur les voies de la station Châtelet-les-Halles, le tandem d’aviateurs anglais de La Grande Vadrouille, coincés dans un wagon bondé… En 1985, débarque Subway, dans lequel Luc Besson, révélé deux ans plus tôt par Le Dernier Combat, envisage le métro comme un territoire de fiction à part entière et décide de poser ses caméras sous les hauts plafonds de la station Aubert, sur la ligne du RER A.

Une cathédrale de béton et de néons, avec ses orange vifs, ses couloirs larges comme des avenues, ses Escalators sans fin… « Luc ne voulait surtout pas que le scénario traîne sur le plateau […] Il avait installé le culte du secret dès le départ. Il voulait vraiment être le premier à faire un film qui se passe entièrement dans le métro, et redoutait de se faire doubler », se souvenait Didier Grousset, l’assistant-réalisateur, dans les pages du magazine Studio. Certains décors ont été reconstitués par le peintre et grand chef décorateur Alexandre Trauner (Les Enfants du paradis, Hôtel du Nord…). Besson s’était souvenu qu’il avait aussi reconstitué la station aérienne de Barbès pour Les Portes de la nuit, de Marcel Carné. 

UN UNIVERS PARALLÈLE 

Le futur réalisateur du  Grand Bleu a eu l’idée de Subway un soir de 1978, sur un quai de la RATP : « J’ai vu une porte entrouverte, marquée “interdit au public”. Je me glisse à l’intérieur et je découvre un autre monde, bien plus vaste que la zone des usagers. Des stations désertes inconnues, des pièces donnant sur des voies, au milieu des tunnels. Des coursives où l’on peut voir des maisons en carton. Il y a de la vie sous terre. » De quoi réaliser un film et faire naître une faune interlope, campée par un casting de première classe : Christophe Lambert, smoking et cheveux jaunes en pétard, la star Isabelle Adjani, en princesse punk, Jean-Hugues Anglade, monté sur rollers, Jean-Pierre Bacri, alias l’inspecteur Batman, et son mémorable « Merde ! Chier ! », souffre-douleur du commissaire Gesberg, Michel Galabru, vissé derrière ses écrans de contrôle, Richard Bohringer, en fleuriste « chelou », et Jean Reno, batteur d’un groupe de rock. Sans oublier le chef de station, joué par le merveilleux Jean Bouise. 

Toute l’équipe a passé treize semaines sous la surface, dont cinq de nuit : « Ce fut incroyablement éprouvant, raconte le cinéaste. Il fallait descendre tout le matériel et la louma (la caméra au bout d’une grue, ndlr) à la main, à 50 mètres sous terre, et ensuite tout déplacer sur des chariots. Un boulot de dingue ! » Ça valait le coup. Subway est reparti de l’édition des César 1986 avec trois prix, un pour Christophe Lambert, un autre pour les décors et le troisième pour le son. Quant à Éric Serra, il a reçu une Victoire de la musique pour la bande originale de ce polar en sous-sol, que l’on savoure encore comme une madeleine de Proust. 

Subway, vendredi 1er décembre à 21h05 sur France 5

Par
Isabelle Magnier