Peur sur la ville (C8) – Jean-Paul-Belmondo : « On m’aimait autant en flic qu’en voyou »

Publié le 10 septembre 2024 à 14:33
© 1974 Cerito Films / Mondial Televisione Film
Jean-Paul Belmondo retrouve son ami Henri Verneuil pour une sixième collaboration. Il se réinvente en superflic et devient pour toujours le plus populaire des acteurs français.

“Après avoir investi si souvent le costume de voleur, j’allais tester celui de gendarme. Sauf qu’il n’était pas question pour moi qu’il soit rigide, amidonné. Je me voyais plutôt adopter un style décontracté, à l’américaine, à l’image d’un inspecteur Harry." En 1975, Belmondo se réinvente et pose, s’en doute-t-il seulement, les jalons d’une nouvelle carrière, un deuxième souffle résolument populaire avec, comme unique boussole, le divertissement. L’acteur n’a pas digéré les critiques injustes qui ont accueilli Stavisky, d’Alain Resnais, sur la Croisette l’année précédente. Le film n’a attiré qu’un million de spectateurs, un succès pour Alain Resnais, un échec pour Belmondo. Parmi les flèches assassines : on lui reproche son Stavisky sympathique ! Sympathiques, dorénavant, tous ses personnages le seront, outrageusement même ! Ce sera l’ADN de son immense popularité. 

UN VOLTIGEUR ÉMÉRITE 

Chassé de l’antigang après une bavure, le commissaire Letellier ouvre le bal. "Ce n’est pas un simple flic, mais une espèce de génie de la traque et un voltigeur émérite", dixit l’acteur. Comme son ami Verneuil, Belmondo a été bluffé par Bullitt avec Steve McQueen, en 1968. Letellier sera un mix du Callahan, iconisé par Clint Eastwood, et du fonceur Bullitt : sa décontraction sera du Made in Belmondo. Placardisé à la P.J., Letellier (« Petite tronche et gros bras », selon son supérieur) enquête sur Minos, un tueur de femmes. Parallèlement, il traque aussi Marcucci, responsable de sa disgrâce. Verneuil orchestre en virtuose un jeu du chat et de la souris. Et comme le matou, c’est Belmondo, il pousse au max le curseur de l’action. Peur sur la ville collectionne les cascades mythiques. La séquence sur les toits des Galeries Lafayette est renversante : « C’est l’une de mes cascades les plus dangereuses », témoignera l’acteur, qui, à 42 ans, est alors au sommet de sa forme : "Je fais deux à trois cents tractions par jour, plus des pompes. Je ne fais pas ça pour épater la galerie, mais parce que ça m’amuse : j’aime faire le guignol." Il ne va pas se gêner. 

LE PUBLIC ADORE 

Témoin, la scène hallucinante de course-poursuite sur le toit d’un métro. Ce grand moment fut minutieusement répété, d’abord à 10 km/h, puis 20, puis 30, pour finir à 70 ! Elle fut tournée en une prise, mais le casse-cou s’est fait peur (il le racontera dans ses mémoires, Mille vies valent mieux qu’une) et s’est blessé : il n’était pas question de tricher. Tout chose, le conducteur de la rame lui confia après coup : « Ce que vous venez de faire, je ne l’aurais jamais fait, même pour cent briques ! » Et la star, du tac au tac : « Moi non plus ! » Peur sur la ville se clôt par un numéro de voltige vertigineux où le comédien, accroché au filin d’un hélico, traverse la baie vitrée d’un building. Le public adore. En redemande. Avec 4 millions d’entrées, le film est le succès de l’année. C’est alors qu’apparaît dans la presse le surnom affectueux de Bébel, jusqu’ici réservé aux proches de Jean-Paul. Belmondo sera le seul comédien français à jouir de cette marque d’affection : « Après Peur sur la ville, le constat était qu’on m’aimait autant en flic qu’en voyou. » 

JULIEN BARCILON 

Peur sur la ville : mardi 10 septembre à 21h20 sur C8

Par
Julien Barcilon