« Bernadette Chirac ? C’est une blague ? », s’est exclamée Catherine Deneuve, quand son agent lui a parlé du scénario qu’il venait de recevoir à son intention de la part d’une jeune inconnue, Léa Domenach. Un modèle de non-alignement de planètes ! Contre toute attente, l’actrice, peu friande du ciné biographique, parcourt le script. Parce qu’elle aime les premiers films, par esprit de contradiction, voire les deux. Verdict ? « Le scénario de Léa Domenach et Clémence Dargent est vraiment formidable, très bien écrit, très drôle. » Avant de signer, Deneuve souhaite une rencontre. « Léa m’a tout de suite fait comprendre qu’il ne s’agissait ni d’une adaptation précise ni de véritablement ressembler à Bernadette Chirac, juste d’être dans l’esprit du personnage. » Le pari est audacieux, le challenge excitant pour la comédienne, qui s’est toujours tenue à bonne distance de la politique, malgré les sollicitations. De son côté, la réalisatrice, fille du journaliste Nicolas Domenach, est tombée dans la politique à la naissance. « Biberonnée aux Guignols de l’info », elle avait une image « assez négative, austère, voire carrément ringarde » de l’épouse de Jacques Chirac.
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Cette impression a volé en éclats lorsqu’elle découvre le documentaire Bernadette Chirac, mémoires d’une femme libre, de la journaliste Anne Barrère, son ex-conseillère en communication à l’Élysée. « J’ai été surprise par sa liberté de parole. Je l’ai découverte drôle et affranchie, très loin de l’idée que je pouvais m’en faire et, surtout, avec un parcours qui méritait d’être raconté. Sa vie ressemblait à celle de beaucoup de femmes qui sont tout aussi éduquées que leurs maris et qui finissent par se mettre en retrait pour leur laisser la place. »
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La plupart des séquences évoquées dans le film sur le ton de la comédie féroce ou de la farce sont dûment documentées, certifiées conformes, ce qui n’exclut pas de pures inventions pour le bonheur du « lol ». Avec une gourmandise rieuse, le film entarte tous les barons de la Chiraquie. Notamment Dominique de Villepin, bête noire de Bernadette, qui ne lui pardonne pas la dissolution ratée de l’Assemblée nationale vendue à son mari au sens politique alors émoussé. « Dans le film, on voit à quel point Jacques Chirac (incarné par l’excellent Michel Vuillermoz, ndlr) était dur avec elle, ce qui est avéré. C’est contre toutes ces petites humiliations que Bernadette Chirac a un jour choisi de se rebeller, et c’est cette revanche que j’ai voulu raconter », ajoute Léa Domenach.
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UNE ÉMANCIPATION
Bernadette est donc l’histoire d’une émancipation, d’une remontada narcissique. Avec la complicité d’un fidèle conseiller (joué par le brillant Denis Podalydès), la femme du président s’est, à bas bruit, imposée comme le meilleur atout politique du second mandat de son époux. De potiche chic, celle que son mari surnommait « la Tortue », s’est muée en meilleur stratège du chiraquisme finissant. « Près de trente ans ont passé. On a toujours beaucoup d’indulgence avec le temps. Un jour, sans doute, on écrira un livre beaucoup plus dur et plus cruel sur Bernadette Chirac… le film reste une fiction, une fable », précise Catherine Deneuve, dont la fantaisie jubilatoire et le plaisir de jeu méritent tous vos suffrages.
Bernadette, dimanche 3 mai à 21h10 sur France 2