Le 6 avril 1917. Dans les tranchées du nord de la France, le caporal anglais Tom Blake reçoit l’ordre de porter un message au général Mackenzie, en traversant le redoutable no man’s land. Les vies de 1 600 hommes sont en jeu. Will Schofield, son meilleur ami, va l’accompagner. Sortant à découvert, avec les balles sifflant à leurs oreilles, les soldats avancent, la peur au ventre… Ainsi commence le huitième long-métrage de Sam Mendes, un film basé sur l’autobiographie de son grand-père, Alfred H. Mendes, vétéran de la guerre 14-18. Enrôlé à 17 ans, il livrait des messages sur les champs de bataille. Son petit gabarit l’aidait ainsi à se cacher dans les nappes de brouillard et les décombres.
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UN TOUR DE FORCEVISUEL
Pour donner au public l’impression d’accompagner Tom et Will dans leur mission, Mendes décide de filmer en plan-séquence, comme dans la scène d’ouverture inoubliable de 007 Spectre : « Tout le monde est resté hyper concentré pour que l’on capte le carnaval mexicain d’un bloc. C’était un défi exaltant, qui excluait les solutions paresseuses ! » Tourner ainsi un film de deux heures va être bien plus complexe. Après avoir transposé son récit en milliers de dessins, Mendes consulte son directeur de la photo graphie. Ils imaginent des astuces de montage permettant de lier des dizaines de plans-séquences pour n’en former apparemment qu’un.
DES CADAVRES PLUS VRAIS QUE NATURE
L’équipe de décoration s’installe, en juin 2019, dans la vallée de Teesdale, au nord de l’Angleterre, creuse 1580 m de tranchées, des centaines de cratères d’explosion, ajoute des fils barbelés et des cadavres si réalistes, que la production doit installer des pancartes pour prévenir les promeneurs, qui alertent constamment la police ! Quand les décors sont prêts, Mendes et ses acteurs répètent les scènes… pendant six mois ! Le tournage débute. Comme la caméra bouge constamment, les supports de projecteurs et les machineries sont dissimulés derrière des décors ou effacés numériquement. On cache des micros sans fil dans les uniformes de Dean-Charles Chapman et George MacKay, avec l’aide de la cheffe costumière, qui a sélectionné des tissus de laine et des cuirs qui ne font aucun bruit en se pliant.
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L’incendie de l’église qui éclaire les ruines du village, la nuit, est simulé en installant 2 000 lampes sur une structure de cinq étages. Mendes demande à tout le monde de ne jamais s’interrompre en cas d’incident, sauf s’il crie « Coupez ! » Mais un briquet d’époque, que l’on doit allumer au milieu d’une longue prise de vue, refuse de marcher et fait perdre une demi-journée de tournage. Au final, Sam Mendes lie 48 plans, dont les durées varient de 39 secondes à 8 minutes et demie, et l’illusion fonctionne : « Tout repose sur un choix émotionnel, comme si nous voyagions avec ces soldats, à chaque pas, chaque souffle. » Mission accomplie.
1917 est à suivre dimanche 22 juin à 21h10 sur France 2