Le père d’ E.T. et d’ Indiana Jones s’était juré d’adapter à son tour la comédie musicale de Leonard Bernstein, créée en 1957 à Broadway. Il en rêvait depuis sa jeunesse. « Le talent de pianiste de ma mère a dû influer sur cette envie. Elle a contribué dès l’enfance à façonner mon oreille. Je me rappelle qu’un jour, elle était revenue avec le 33-tours de Bernstein. Je ne l’ai écouté que six ou sept fois, mais j’ai eu le sentiment de l’avoir mémorisé. C’est une oeuvre qui ne m’a plus quitté. » À 75 ans, Steven Spielberg a donc tenu sa promesse.
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En s’attaquant à la comédie musicale la plus connue au monde, il a mis la barre très haut : sorti en 1961, le film aux dix Oscars signé Robert Wise et Jerome Robbins est resté cinq ans à l’affiche. Il a non seulement fait de Natalie Wood et de George Chakiris des stars, mais a donné un nouvel essor à ce genre déclinant, en substituant le drame à la joie de vivre. Sa portée politique, qui fustigeait déjà le mythe du grand rêve américain, ajoute à l’intérêt que le réalisateur porte à ce Roméo et Juliette transposé à New York.
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Ici comme dans l’original, tout commence par trois notes sifflées en signe de ralliement et des affrontements qui se préparent. Les Jets, enfants d’immigrés européens, et les Sharks, jeunes Portoricains fraîchement débarqués de leur île, se battent toujours pour un territoire voué à la démolition et aux promoteurs. La violence de leurs rixes dans les gravats reflète les tensions raciales qui agitent l’Amérique d’aujourd’hui, comme celle des années 60. Racisme, guerre des gangs, déterminisme social… La version de Spielberg appuie fort sur ces ressorts de l’Histoire.
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UNE TROUPE ÉBLOUISSANTE
Tout en restant dans les pas de Robert Wise, le cinéaste modernise, l’air de rien, les numéros emblématiques, certains tournés dans les rues de New York : le bal, où Maria et Tony (Rachel Zegler et Ansel Elgort) ont le coup de foudre au milieu des robes multicolores qui crépitent et virevoltent, la scène du balcon, dans laquelle les tourtereaux sont séparés par les barres et les grillages des escaliers, ou encore l’électrisant ballet sur America au refrain ironique : « La vie est belle en Amérique, si tu te sers de tes poings en Amérique. »
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Contemporain, le film l’est aussi par ses interprètes. Ce qui était possible en 1961 (Natalie Wood et George Chakiris, dans les rôles de Maria et de son frère Bernardo, avaient dû se maquiller pour foncer leur peau) n’est plus acceptable aujourd’hui. Les Sharks, Portoricains, sont incarnés par des acteurs d’origine latine, ils ont l’âge de leur personnage et tous chantent et dansent sans être doublés. Belle idée aussi que d’avoir fait revenir le passé sous les traits de Rita Moreno, qui avait reçu l’un des dix Oscars du film de Robert Wise pour son personnage d’Anita. Elle tient ici le café où travaille Tony. S’ajoute un clin d’oeil de la vie : en 2022, six décennies après son modèle, c’était au tour de la magnifique Ariana DeBose, la nouvelle Anita de Spielberg, de décrocher un Oscar…
West Side Story, mardi 11 juin à 21h10 sur W9
Isabelle Magnier