Sofiane Bennacer accusé de viols : Mathilde Seigner, Charlotte Gainsbourg, Eric Naulleau et Laurent Baffie dénoncent « l’exécution publique » de l’ac…

Publié le 20 janvier 2023 à 11:20
David Niviere/ABACAPRESS.COM
Quelques mois après les révélations sur les lourdes accusations portées à l’encontre de Sofiane Bennacer, l’acteur des Amandiers de Valeria Bruni-Tedeschi, 136 personnalités ont signé une tribune contre la présomption de culpabilité.

Revenant sur l’histoire du Théâtre des Amandiers, l’Ecole de Patrice Chéreau qui était incontournable dans les années 1980, le film Les Amandiers est dans la tourmente depuis quelques mois. Et ce depuis les révélations autour de l’un de ses interprètes principaux Sofiane Bennacer.

Le jeune acteur, qui serait le compagnon de Valeria Bruni-Tedeschi, la réalisatrice du film, est en effet accusé de viols et violences sur conjoint par plusieurs ex-compagnes. Certaines d’entre elles, ainsi que des victimes présumées n’ayant pas porté plainte, ont d’ailleurs témoigné dans un dossier publié en novembre dernier dans Libération. Dans la foulée, l’Académie des César a annoncé qu’ elle retirait l’acteur, qui nie les faits, de la liste des révélations masculines de l’année tandis que certaines salles ont purement et simplement déprogrammé le long métrage.

Autant de conséquences qui gênent de nombreuses personnalités Et 136 d’entre elles ont décidé de signer dans Le Point une tribune dénonçant cette "présomption de culpabilité" qui a frappé de plein fouet Sofiane Bennacer. "Le viol est un crime. La loi reconnaît la qualification de viol conjugal. Or précisément parce qu’il s’agit d’un crime, c’est à la justice, dès lors qu’elle est saisie, de prononcer – ou non – la culpabilité. Cela dans le respect des règles de la procédure pénale : respect de la présomption d’innocence (…), respect du secret de l’instruction, garantie de la sérénité future des débats ; exigence d’un débat contradictoire dans le respect égal des droits de la défense et de ceux de l’accusation ; principe selon lequel le doute doit bénéficier à l’accusé, afin de se prémunir autant que faire se peut de l’erreur judiciaire", déclare cette tribune.

Un lynchage ?

Evoquant certes la lenteur de la justice sur ce genre de dossiers mais aussi ses évolutions positives depuis quelques années, les signataires s’interrogent sur le "lynchage médiatique" subi par le comédien. "Est-il légitime que, au nom du « devoir d’informer » et de la défense d’une cause, si noble soit-elle, la presse traite des allégations comme des preuves, et ce faisant prononce sans autre forme de procès la culpabilité d’un mis en cause ? Nous ne le pensons pas. Est-ce que le pilori (ici médiatique), peine afflictive et infamante d’Ancien Régime – qui ne s’appliquait du reste qu’à des personnes condamnées par la justice, non à des accusés –, est un progrès dans la civilisation, et fait avancer la cause des femmes ? Nous ne le pensons pas".

"Pour toutes ces raisons, nous apportons notre plein soutien à Valeria Bruni-Tedeschi – et à son film, Les Amandiers ; nous déplorons que Sofiane Bennacer se trouve d’office décrété coupable, hors jugement dans une enceinte judiciaire. Nous défendons ses droits, et nous nous élevons contre l’exécution publique dont il est aujourd’hui l’objet sans défense. Une mise à mort sociale de toute façon illégitime, car quand bien même serait-il un jour déclaré coupable, pareille cruauté n’appartient pas à l’arsenal d’une échelle civilisée des sanctions et des peines", poursuit le texte signé, entre autres, par Fanny Ardant, Yvan Attal, Laurent Baffie, Charles Berling, Patrick Chesnais, Elie Chouraqui, Béatrice Dalle, Annie Duperey, Charlotte Gainsbourg, Raphaël Mezrahi, Frédéric Mitterrand, Eric Naulleau ou encore Mathilde Seigner.

Clara Kolodny

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