Dès l’enfance, nous jouons. C’est même, selon le Pr. Amine Benyamina "un élément fondamental de l’activité humaine. Depuis la nuit des temps, les jeux font partie des activités sociales. Tant qu’ils sont récréatifs, ils restent synonymes de loisir et de plaisir, sans conséquences néfastes pour la santé. Mais, dès que l’on perd une certaine maîtrise, en misant trop d’argent par exemple, ce comportement devient problématique, voire pathologique". Un vrai sujet de santé publique, qui touche même les mineurs et, de ce fait, pousse l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) à tirer la sonnette d’alarme. En effet, entre 2011 et 2022, la part de jeunes de 17 ans qui misent en ligne est passée de 14,7 à 27,9 % ! Un essor qui s’explique par la promesse d’argent facilement gagné et de réussite sociale.
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D’une addiction à l’autre
Cette pratique du jeu peut s’accompagner d’autres addictions, comme l’alcool, le cannabis, les écrans, les médicaments… Comme l’explique le professeur, "certains adolescents et jeunes adultes sont capables de tout expérimenter car, devenus poreux à l’ensemble des pratiques, ils vont combiner différents produits".
Comprendre pour aller mieux
L’addiction, qui peut toucher tout le monde, est défi nie par les professionnels de santé comme une souffrance. Pour en sortir, la personne concernée doit avant tout en avoir conscience. La reconnaissance de l’addiction est un premier pas vers l’acceptation et une porte ouverte vers les soins. Pour l’entourage, il faut passer de la culpabilisation à l’accompagnement. Les jeux d’argent et de hasard séduisent par la promesse de gains, mais les conséquences sur le plan psychologique sont importantes : troubles de l’humeur (anxiété, dépression…), sentiment de perte de contrôle, iso-lement, voire pensées suicidaires, distorsions cognitives. Sans oublier, sur le plan financier, un surendettement, des conflits familiaux et, petit à petit, un isolement social.
Agir sans juger
La première chose à faire est de s’adresser à son médecin traitant, afin d’ouvrir le dialogue et de mettre en place une prise en charge. "Une thérapie cognitive et comportementale (TCC), par exemple, pourra aider à restructurer les pensées et à prévenir les rechutes. Elle propose aussi un entraînement pour résoudre les problèmes et renforcer l’affirmation de soi. Il existe par ailleurs des groupes de soutien (SOS Joueurs, Joueurs anonymes, Joueurs Info Service, Débiteurs anonymes France…). Autant d’outils qui permettent d’évaluer le degré de dépendance et d’adapter les stratégies de soin", conclut le Pr. Benyamina.
Le Pr. Amine Benyamina est psychiatre, spécialisé en addictologie et titulaire d’un doctorat en neurosciences.
