Que se dit-on quand on reçoit un tel scénario ? Que des gens sont assez fous pour imaginer un tel postulat de départ ?
Non, pas qu’ils sont fous, mais que recevoir un tel projet original avec un challenge et un rôle de rêve, c’est super ! C’est ça le cinéma.
Vous êtes bloquée sur le siège d’une voiture pendant une grande partie du film. Faut-il redéfinir son jeu d’actrice pour de telles contraintes ?
Je ne sais pas si je l’ai redéfini, mais l’enjeu était de lâcher prise. Pour jouer ce genre de choses, on a besoin de ça. Ce n’est pas toujours simple, un peu comme dans la vie quand on nous conseille de lâcher prise quand on a une galère. C’est facile de lâcher-prise. Mais là, le vrai challenge pour moi était d’arriver le matin sur une page blanche et de me laisser aller aux émotions qui allaient venir. C’était très technique car il y a beaucoup de mouvements à faire mais il fallait que ça reste intuitif et instinctif pour les émotions.
Valentin Vincent, le réalisateur, vous a laissé une certaine part de liberté…
Faire autrement, c’est impossible pour un tel projet. Le scénario de Magali Rossitto est très structuré et très bien pour toutes les avancées permettant de comprendre qui est mon personnage. Mais sur le plan émotionnel, beaucoup choses ne sont pas écrites et viennent toutes seules. Chaque matin, on s’appuyait sur le scénario et on faisait les choses sur le moment.
En regardant le film, on se demande comment vous avez pu tenir une dizaine de jours de tournage attachée ainsi !
J’ai tenu car le film est très réussi ! Lors de la projection (au Festival de la Fiction de La Rochelle, ndlr), nous devions rester dans la salle. Je me suis dit "Oh non !" car je n’avais pas envie de revivre l’angoisse de ce personnage pendant une heure et quart, alors que je l’ai vécu sur le tournage. Mais même si je pleure beaucoup à l’écran, on s’est beaucoup amusés sur ce film. Je ne me suis pas économisée mais je n’ai pas été en souffrance non plus.
L’hommage de Mélanie Bernier à son partenaire de Prisonnière
Votre personnage est enfermé dans cette voiture avec un homme inconscient voire mort. Avez-vous répété ensemble pour trouver la bonne manière de faire certaines scènes ?
Mon partenaire, François-Dominique Blin, est extraordinaire ! Il ne bouge pas pendant toute une partie du film donc il a dû accepter que je le touche ou de se laisser aller sur moi notamment lorsque je fouille sa veste ou je redresse sa tête. Mais il m’a aidée car il est un vrai appui. Quand mon personnage est un peu perdu, elle le regarde et ça va recrée de la tension.
Vous disiez il y a quelques années que vous aviez du mal à vous regarder à l’écran. Est-ce toujours le cas ?
Ça va mieux (rires) ! Se regarder, c’est difficile, on n’aime jamais vraiment ça. moi en général, je regarde une première fois et c’est assez violent car on se regarde beaucoup et on s’auto-juge. Je revois ensuite le film une deuxième fois et là, je prends un peu plaisir à voir la globalité du film. Et je ne le regarde plus parce que ça ne m’intéresse pas. Le revoir pour pouvoir en parler et me rendre compte du travail commun, oui. Mais le revoir ensuite, ça ne m’apporte pas grand-chose.
Vous avez une longue carrière derrière vous. Quels projets ont particulièrement marqué votre parcours ?
Il y a de nombreux moments-clé comme La Petite Fadette. Ce téléfilm extraordinaire est mon premier rôle principal. Je passais le bac lorsque je le tournais. Des films comme Sa Majesté Minor de Jean-Jacques Annaud ont aussi changé ma vie. Ce long métrage n’a pas été le succès attendu. Ça a même été un énorme bide ! Mais cette expérience a quand même changé ma vie. La rencontre avec Clovis Cornillac pour Un peu, beaucoup, aveuglément m’a aussi marquée. C’est un film où l’on va chercher une fantaisie que j’ai et qui n’a jamais vraiment été mise en avant.
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Vous évoquiez il y a quelques années la difficulté de dépendre du désir des autres. Vous disiez même que vous vous sentiez un peu prisonnière de ça. Est-ce toujours le cas ?
Malheureusement oui et c’est chiant malgré les années qui passent (rires) ! On s’en lasse mais on s’y habitue aussi. Une certaine sagesse nous fait accepter ou non les règles de ce métier. Il faut avoir le mental pour supporter ça et accepter d’être choisie, ou la plupart du temps de ne pas l’être. C’est très dur. Il y aussi le fantasme qui peut se générer sur nous qu’on génère nous-mêmes sur nos collègues. Dans ce métier, il n’y a jamais la sensation de satiété : on a toujours envie d’autres rôles, de plus ou moins de projets. Il y a quelque chose de l’ordre de la fuite en avant. Avec le temps, on développe une sagesse qui nous apprend à comprendre et accepter que le chemin est long, très long. Il faut se connecter au jeu, et pas au reste…
Vous êtes au casting de la série Le Daron. Que nous réserve la saison 2 qui arrive le 20 novembre sur TF1 ?
Le Daron, c’est une famille d’avocats avec des secrets, des détestations, des enjeux comiques, des enquêtes. Je joue la fille de Didier Bourdon, une filiation qu’elle découvre à l’âge de 35 ans. Elle a donc un frère et une sœur et il y a des conflits familiaux. On est sur une série plus chorale que Prisonnière (rires) ! C’est le plaisir du jeu avec les copains. Lors de cette deuxième saison, le cabinet va fonctionner en famille.
Ça vous manquait un projet qui exploite votre potentiel comique ?
Je ne sais pas si ça manquait car ce n’est pas nouveau. Par contre jouer dans une série, oui ça me manquait car c’est nouveau pour moi. La seule que j’ai faite dans ma carrière c’est Vénus et Apollon de Tonie Marshall. C’est l’époque où je recevais les résultats du bac… C’est chouette de reprendre un rôle récurrent !
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