Naidra Ayadi (Le jour de ma mort, France 2) : “C’est bien de ne pas infantiliser le téléspectateur”

Publié le 8 septembre 2024 à 15:20
FTV
Naidra Ayadi, comédienne vue dans Polisse ou Oussekine, donne la réplique à Frédéric Diefenthal dans Le jour de ma mort, que France 2 propose ce dimanche 8 septembre à 21h10. Dans ce thriller haletant et très réussi, elle incarne une enquêtrice profileuse atypique. Rencontre.

Pourquoi avez-vous accepté de jouer dans Le jour de ma mort ?

Naidra Ayadi : J’aimais bien ce personnage. J’avais envie de défendre cette femme atypique, droite. Finalement, elle est assez insaisissable et j’aime ça.

C’est un flic qui vient d’être internée. Est-ce parce qu’elle a fait un burn-out ou qu’elle a une fragilité psychologique ?

On ne le sait pas vraiment. Elle semble imperméable à tout mais peut-être que finalement, elle ne l’est pas tant que ça. En même temps, comme elle poursuit des tueurs en série, ça doit atteindre à un moment mentalement. Elle est assez brillante. Il n’y a pas beaucoup d’hommes à son niveau. C’est une solitaire qui va au bout de ses idées. Il y a 20 ans, c’était le genre de figure incarnée par des hommes à l’écran. C’est bien que ce soit désormais un rôle féminin.

Avez-vous l’impression que la fiction casse un peu les codes de ce que l’on peut voir à la télé française et n’hésite pas à jouer avec la peur du public ?

Tout à fait. Que ce soit l’enquête en elle-même ou dans son rythme très soutenu.. Tant mieux. C’est bien de ne pas infantiliser les téléspectateurs, il est mûr pour ça. Chacun est responsable de ses émotions. Ça fait du bien.

Naidra Ayadi, de Oussékine à Le jour de ma mort

Vous alternez des genres très différents au théâtre, au cinéma ou à la télé. Y recherchez-vous les mêmes choses ?

Je viens du théâtre et j’ai besoin d’y retourner régulièrement pour me recentrer sur moi-même comme sur ma carrière. J’adore les sensations fortes, les émotions qu’il me procure. Même si le temps de la narration est différent selon qu’il s’agisse d’un film ou d’une série, j’y mets le même engagement et ce quelle que soit la taille du rôle. Parfois, je vais accepter le projet pour l’histoire, comme pour Oussékine par exemple. D’autres fois, ce sera plus pour un réalisateur, pour les rencontres qu’il va susciter.

En 2018, vous réalisiez votre premier long métrage : Ma fille. Auriez-vous envie de mettre à nouveau en scène ?

Oui. Je viens de finir l’écriture du deuxième. J’espère qu’il pourra se faire bientôt. L’histoire est très différente même s’il faut croire que j’ai certaines obsessions, comme la transmission entre famille. Dans le premier, c’était dans les rapports avec le père, cette fois c’est avec la mère. Mais avant ça, je vais tourner dans une série française pour Netflix et dans le premier long métrage d’un réalisateur.

Naidra Ayadi : "Mon César suscite beaucoup de curiosité"

Avez-vous l’impression que le cinéma, les séries reflètent aujourd’hui davantage la diversité de la société française ?

Oui. Parfois peut-être encore de façon un peu maladroite. Mais elles le font. J’ai longtemps été contre la discrémination positive mais je me suis trompée. C’est important de parler de notre société mais aussi de celle dont on rêve. Il suffit de prendre le métro pour se rendre compte de la diversité de la société française, alors pourquoi ne pas la montrer à l’écran ? Nous, acteurs, quand on le peut, on a aussi une responsabilité vis-à-vis de cela. J’ai beaucoup d’admiration pour un comédien comme Roschdy Zem qui a réussi à imposer ça. C’est un acteur français, point. Nos choix, nos refus sont importants. Alors que je ne dégage pas ça du tout, au début, on avait un peu tendance à ne vouloir me proposer que des castings de fille de banlieue. Je n’y suis pas allée. J’ai eu la chance de défendre de grands rôles au théâtre, notamment dans des tragédies. Je trouve bien aussi qu’ils n’aient pas cherché à modifier mon prénom, Laurence, dans le téléfilm de France 2. Pourquoi nous parler d’intégration quand on est né en France. Cela ne veut rien dire. On aime ce pays, cette langue. Mais on aime aussi celui de nos parents. C’est une chance que d’avoir cette double culture.

Vous avez reçu le César du meilleur espoir féminin en 2012 pour Polisse. Diriez-vous qu’il a changé votre carrière ?

Pas réellement même s’il s’agit d’une vraie reconnaissance de la profession, qu’il donne une certaine légitimité mais cela ne suffit pas dans ce métier. Tout comme il ne suffit pas d’avoir du talent. La chance joue beaucoup aussi. Il a surtout fait très plaisir à mes parents. C’est marrant : c’est un objet qui suscite beaucoup de curiosité. Les gens ont tendance à le chercher quand ils viennent chez moi pour la première fois. D’autant plus que comme je ne suis pas du genre à exposer ce genre de choses, ça leur demande un peu d’efforts pour le trouver.

Par
Anne Lenoir