Etait-ce difficile d’accepter ce projet, qui raconte votre histoire ?
Thierry Beccaro : J’ai hésité, mais Raphaël Cohen, le producteur, et Julien Séri, le réalisateur, m’ont convaincu. Ce film est la continuité d’une aventure incroyable. Je n’avais jamais imaginé qu’on m’offrirait d’écrire un livre sur ce que j’ai vécu (Je suis né à 17 ans, écrit avec Jean- Philippe Zappa, Plon, ndlr). On me proposait parfois de raconter des petits morceaux de souffrance, mais ça ne m’intéressait pas. Je crois que j’ai été le présentateur le plus discret du PAF ! Personne n’a jamais rien su de ma vie. Quand j’ai accepté, je me suis dit que je devais parler de tout. De ce que j’ai vécu de merveilleux mais aussi de destructeur et triste, avec un père plein de charme et drôle, mais qui traînait un complexe sur ses origines italiennes et une jalousie envers ma mère. Quand tous ses démons se retrouvaient, ils l’entraînaient dans l’alcool. Mon père était un Dr Jekyll et Mister Hyde.
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Comment réagissiez-vous ?
J’étais petit et je ne comprenais pas ce qui se passait. Un jour, ça allait, mais le lendemain… Si j’ai évoqué tout cela, ce n’est pas juste pour me féliciter de m’en être pas si mal tiré, grâce à mon goût pour la musique, la poésie et la littérature. Ces échappatoires m’ont également permis de rencontrer ceux que j’appelle « mes anges », qui m’ont tendu la main lorsque j’ai croisé leur chemin.
Raphaël Cohen vous a convaincu de tenir votre propre rôle. Était-ce compliqué de rejouer certaines scènes ?
J’ai vécu des situations que je ne connais plus aujourd’hui, comme la crise de spasmophilie dans la voiture. Je disais à l’équipe technique : « Voilà où mènent les coups, à l’impossibilité d’avoir une relation simple aux médicaments (Thierry Beccaro a eu des problèmes d’addiction). » Dans certaines scènes avec Elsa Lunghini, qui joue ma femme, j’ai senti des fourmillements dans les mains, alors que ça ne m’arrive pratiquement plus…
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Un jour, vous avez surpris votre père pointant un fusil sur votre mère. Comment avez-vous préparé cette séquence ?
J’ai beaucoup discuté avec Jules Morlon et Moïse Santamaria (Thierry Beccaro enfant et son père) pour leur expliquer l’importance de cette scène traumatique. C’était troublant, j’avais l’impression de me voir à 17 ans… dans cet état de sidération qu’on peut ressentir. On n’arrive pas sur Terre pour assister à ça… Ce soir-là, je meurs dans ma tête et dans mon coeur. Je renais ensuite quand mon père me fait engager à la Maison de la Radio. Je lui dois ma carrière. Je suis content d’avoir fait ce travail d’écriture pour comprendre pourquoi il était comme ça. Pardonner, ce n’est pas oublier, c’est se donner la chance d’avancer en laissant de côté l’amertume, la colère et l’esprit de revanche.
Qu’auriez-vous aimé lui dire si vous en aviez eu le temps ?
Dans ce film, il y a une séquence avec lui à l’hôpital. J’aurais bien aimé lui raconter ce qui est dit dans cette scène… (Sa voix tremble.) Je l’ai accompagné jusqu’à la fin, mais j’aurais voulu qu’il me demande juste pardon. On aurait fait un bout de chemin.
Je suis né à 17 ans, mercredi 22 novembre à 21h10 sur France 2