Dans cette fiction, qu’est-ce qui vous a séduite ?
Isabel Otero : Il y a rarement des duos de femmes de la même génération. Jeanne et Héloïse (Catherine Marchal) ont évolué différemment, après le divorce de leurs enfants qui a provoqué leur brouille. Jeanne se laisse aller à la vie, peut-être parce qu’elle a perdu son mari, alors que l’on sent chez Héloïse une souffrance de ne pas lâcher prise avec ses émotions.
Jeanne vous ressemble-t-elle ?
J’ai quitté Paris pour le Sud de la France il y a presque vingt ans et, comme moi, Jeanne vit à la campagne. Tourner dans ce lieu magnifique au milieu des vignes, avec vue sur les Pyrénées, m’a fait aimer ce coin que je connaissais mal.
Selon Catherine Marchal, vous avez noué une « osmose précieuse » sur ce tournage…
Nous sommes très différentes et n’avons pas le même terreau. Mais nous nous sommes trouvées d’emblée. Nous avons vraiment joué ensemble, ce qui a permis, surtout pour elle, de sortir du cliché. Interprétée par une actrice moins sensible que Catherine, Héloïse aurait pu tomber dans la caricature du flic psychorigide. Je me suis d’ailleurs dit, au début, qu’elle s’écartait de son personnage. Mais elle l’a fait avec talent et intelligence, pour mettre davantage de souplesse et d’humain.
Après avoir tourné sept saisons de Diane, femme flic, n’êtes-vous pas lassée de jouer les enquêtrices ?
Est-ce que le spectateur est fatigué d’en voir souvent ? Non, donc il n’y a pas de raison d’arrêter. À chaque fois, j’ai à cœur d’avoir des personnages qui ne se ressemblent pas.
Vous vivez au Costa Rica depuis un an et demi. Pourquoi ?
J’arrivais à 60 ans et, comme beaucoup, j’ai eu une phase d’introspection lors du confinement. Le stress que me provoque le manque d’eau a fait naître en moi une envie de trouver un lieu où voir grandir ce que je sème. Je ne suis pas là, en vacances, mais pour vivre une expérience différente, et retrouver aussi cette langue espagnole, donnée par ma grand-mère, que je parlais peu depuis une vingtaine d’années.
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À quoi ressemble votre vie ?
J’ai déjà planté 3 000 arbres au milieu des volcans. Je fais partie de ceux qui pensent que la beauté sauvera le monde, mais qu’il faut continuer à la préserver et l’aider à prospérer. Je me suis aussi retrouvée, par hasard, dans une communauté dans le nord du pays, dans une zone préservée, où il y a des baleines et des pêcheurs artisanaux. Je suis ostréicultrice, à leurs côtés, et j’envisage de créer un jardin corallien. Les grands-mères, et j’en suis une, sont là pour transmettre. J’ai dit à ma fille (l’actrice Ana Girardot, ndlr) que je partais certes loin, mais que j’allais construire ce qui permettrait à son fils de grandir.
Quelle place tient désormais votre métier d’actrice ?
J’ai toujours défendu la cause écologique et je ne veux pas d’une empreinte carbone trop lourde. Donc je rentre peu en France. Je ne reviendrais pas pour des petits rôles ou quatre jours de tournage. Mais je ne dirai jamais non à un joli personnage ou à une fiction comme Meurtres en Béarn.
Meurtres en Béarn : samedi 4 mars à 21h10 sur France 3
INTERVIEW PAULINE HOHOADJI