Les Enfants des Justes (France 5) : Fabien Onteniente : « Au départ, Mathilde Seigner n’était pas très motivée… »

Publié le 1 août 2024 à 13:54
ARCHIVE. Le réalisateur de Camping et de Disco change de registre en signant ce drame bouleversant qui rend hommage à la France résistante.  Nous l'avions rencontré à l'occasion de la sortie du film en salles.

Qu’est-ce qui vous a poussé à adapter ce roman de Christian Signol sur l’histoire d’un couple périgourdin, passeur de réfugiés en zone libre ? 

Fabien Onteniente : Depuis l’enfance, j’adore l’Histoire, surtout la période 1939-45. Cette époque révèle bien le comportement des individus. J’aimais les films qui s’y rapportent : L’Armée des ombres, La Traversée de Paris… France TV et Mediawan m’ont permis de réaliser le mien.

On ne soupçonnait pas, chez vous, cette attirance pour le drame…

Détrompez-vous : je suis d’une nature mélancolique. Je tiens ça de mes origines pieds-noirs. Mon père ne s’est jamais remis de la guerre d’Algérie. On sentait cette tristesse, le dimanche. Je me suis réfugié dans la comédie pour fuir cette morosité à la maison. 

Pourquoi choisir Mathilde Seigner et Gérard Lanvin pour jouer Blanche et Virgile, les passeurs ?

J’ai repris le casting de Camping. Au départ, Mathilde n’était pas très motivée. Elle venait de subir, coup sur coup, la perte de son père (le photographe Jean-Louis Seigner, ndlr), puis celle d’Yves Rénier. Elle était abattue. Je lui ai présenté le scénario. Après réflexion, elle m’a dit oui et a appelé Philippe Torreton, Sophie Guillemin, Cyril Lecomte pour compléter le casting. Gérard Lanvin, lui, a donné son accord à condition que l’on retravaille le scénario. On a bossé en famille. J’ai appelé Danièle Lebrun, grande dame de la télévision, que j’avais fait tourner dans Disco. Elle a fait preuve d’un courage extraordinaire, en venant jouer, alors que son mari s’était éteint la veille. Quant au rôle de Sarah, la petite Juive recueillie par Virgile et Blanche, il est interprété par Ambre Pallas. Cette gamine illumine le film de son sourire : un vrai soleil.

Vous êtes-vous inspiré de grands films sur cette période ?

J’ai surtout mis beaucoup de moi-même. J’ai été très marqué par le film de Jean-Loup Hubert, Le Grand Chemin (sorti en 1987), dans lequel un couple sans enfant, campé par Anémone et Richard Bohringer, recueille un petit garçon.

Hasard des événements, il sort en pleine guerre russo-ukrainienne. Qu’est-ce que cela vous évoque ?

Bien souvent, les situations de crise révèlent des comportements exemplaires. C’est rassurant de voir qu’il y a encore, en France, des citoyens prêts à accueillir des personnes frappées par le malheur. Pour ma part, j’ai seulement eu envie de raconter l’histoire de gens ordinaires, qui font des choses extraordinaires.

Allez-vous définitivement abandonner la comédie ?

Pas du tout. Je vais tourner pour Prime Video un téléfilm sur le monde du foot, la suite de 3 zéros (2002), qui s’appellera 4 zéros. J’ai un projet de long-métrage, Faut attendre le week-end, une satire du monde du cinéma, avec toutes ses hypocrisies, ses joies, ses peines et ses déceptions. Il y a eu Dix pour cent, la série, là, ce sera Cent pour cent. Je ne taillerai pas, je découperai. Didier Bourdon, Franck Dubosc, mais aussi Mylène Demongeot et Mathilde Seigner seront de l’aventure. J’ai envie de raconter, dans un grand éclat de rire, ce que l’on vit tous les jours dans notre métier.

Les Enfants des Justes : jeudi 1er août à 20h40 sur France 5

Propos recueillis par Hacène Chouchaoui en 2022

Par
Hacène Chouchaoui