Jean Duberry, votre personnage, est soupçonné d’avoir jeté sa femme, Maud, dans le vide, au cours d’une randonnée. Quel genre d’homme est-il ?
Laurent Gerra : Un être compliqué, tordu, introverti, incompris. Il ressemble au personnage de Michel Serrault dans Garde à vue, de Claude Miller (1981). D’ailleurs, ce téléfilm est une adaptation d’un roman de John Wainwright, le même auteur qui avait inspiré le film. En fait, on ne sait pas par quel bout le prendre, tellement il est ambigu. Il est attachant et, en même temps, on se dit : « S’il a fait ça, c’est le pire des types. »
Qu’est-ce qui vous a séduit, dans ce scénario ?
Cet univers à la Chabrol, ce dram e bourgeois intimiste plein de non- dits, de silences lourds de sens. Il y a du Simenon dans cette histoire. D’un fait divers banal, il était capable de faire un drame cornélien. J’ai aussi aimé cette atmosphère pesante, qui tranche avec le décor idyllique. Les cigales chantent, alors qu’un drame va se jouer. La montagne Sainte-Victoire semble observer les protagonistes. Ell est vraiment un autre personnage du téléfilm.
Jean Duberry aime-t-il réellement sa femme ?
Je crois que oui. Cette histoire évoque ce quotidien érosif qui use les rapports humains. On se parle moins, on n’ose pas s’avouer les choses. C’est le drame de la vie conjugale. Nombreux sont les couples qui y trouveront un écho. C’est aussi un constat désabusé sur le sens de l’existence. Dans ce téléfilm, personne n’est heureux : ni sa femme (Catherine Frot) ni l’enquêtrice (Diane Rouxel). Pas plus que son médecin (Antoine Duléry) et son beau-fils (Théo Augier). Il faut saluer la mise en scène d’Hélène Fillières, qui a réussi le tour de force de réaliser un vrai film de cinéma pour la télévision.
Justement, en parlant de télévision, vous semblez privilégier les rôles dramatiques. C’est curieux, pour quelqu’un dont la vocation initiale est de faire rire… Est-ce un choix ?
Je prends ce que l’on me propose. Depuis trente ans, j’exerce mon métier d’humoriste sur scène. J’adore faire rire. Mais j’aime aussi jouer des rôles de crapules, de gens peu fréquentables, inquiétants, voire détestables, comme l’abbé Vautrin dans la série Les Combattantes (diffusé en octobre 2022, sur TF1). Jean Yanne, qui était un humoriste, a tourné avec Claude Chabrol des drames comme Que la bête meure (1969), avec Caroline Cellier, ou Le Boucher (1970), avec Stéphane Audran. Ça déstabilise un peu le public, au début, mais il finit par s’y faire. Cet hiver, j’ai tourné pour France 2, avec Éric Valette, Morts au sommet, un téléfilm où je reprends le personnage du capitaine Meyer, que l’on avait découvert dans Noir comme neige (2021). Il est totalement odieux, et je trouve ça jubilatoire. J’ai ce luxe rare de faire ce dont j’ai envie.
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S’il y a un trait que vous avez en commun avec votre personnage, c’est la gourmandise : je pense à cette scène d’anthologie, la dégustation d’écrevisses…
Il est aussi, comme moi, producteur de vin. Je me considère comme un épicurien. D’ailleurs, mon prochain spectacle, actuellement en écriture et prévu pour 2024, se déroulera dans un restaurant lyonnais et s’intitulera Laurent Gerra se met à table. Tout un programme !
Une confession, mercredi 22 mars à 21h10 sur France 2
INTERVIEW HACÈNE CHOUCHAOUI