A quel moment Olympe de Gouges est-elle entrée dans votre vie ?
Julie Gayet : Je l’ai découverte grâce à mon fils de 25 ans qui, à l’époque, avait 11 ou 12 ans. Je lui avais acheté la bande dessinée de Catel et Bocquet, Olympe de Gouges, pour le collège, et nous l’avons lue ensemble. Ça a été une découverte. Puis je suis tombée sur le livre de Benoîte Groult Ainsi soit Olympe de Gouges, qui m’a donné une autre vision de cette femme, beaucoup plus politique. J’y ai vu l’humaniste et la penseuse. Je l’ai trouvée d’une modernité incroyable pour son époque et je me suis demandé pourquoi on ne la connaissait pas davantage.
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Justement, vous n’en aviez pas du tout entendu parler durant votre scolarité ?
Non, je suis d’une génération où elle n’était pas du tout étudiée. Sa première biographie rédigée par des historiens, qui plus est confidentielle, a été publiée en 1981. C’est notamment pour cette raison que je suis heureuse de faire cette fiction : quand on dit qu’on l’a fait pour le service public et pour la télévision, c’est aussi pour que ce soit un outil pédagogique pour les profs d’Histoire, dans les collèges et les lycées. D’où, en parallèle, la sortie du livre Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, par Olympe de Gouges, chez Flammarion, avec le scénario commenté par des historiennes.
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En incarnant Olympe de Gouges, vous avez brisé l’un de vos principes : ne pas jouer dans un projet que vous produisez…
J’ai déjà vécu une situation de double casquette pour le film 8 fois debout, de Xabi Molia (sorti en 2010, ndlr). Puisque j’avais joué dedans, je n’avais plus ce regard extérieur de productrice et je n’avais pas pu faire de commentaires sur le montage, car le réalisateur ne m’écoutait plus. À partir de ce moment-là, je m’étais dit qu’il ne fallait plus que je joue dans les films que je produisais. C’était peut-être une règle absurde. Ça fait partie du syndrome qu’ont souvent les femmes : ne pas s’imposer. Là, c’était différent, notamment parce que c’était coréalisé par Mathieu Busson, que je connais depuis quinze ans. Anne Holmes (la directrice des programmes de France Télévisions) et lui ont insisté pour que j’incarne Olympe. Et puis je dois avouer que je me suis dit : « Au moins, ça ira plus vite ! », comme on avait peu de jours de tournage.
"Nous voulions lui rendre justice et la faire reconnaître"
En novembre 1793, les derniers mots d’Olympe de Gouges, avant d’être guillotinée, furent : « Enfants de la Patrie, vous vengerez ma mort. » Considérez-vous qu’elle a été vengée ?
En tout cas, durant tout le tournage, nous avions ce poids de nous dire qu’il ne fallait pas que l’on se rate. Nous voulions lui rendre justice et la faire reconnaître. J’avais l’impression qu’elle était avec nous tout le temps, et que nous étions portés par elle et ce qu’elle avait accompli. Nous voulions être à la hauteur.
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La prochaine sera consacrée à Louise Michel et à la Commune de Paris. Une époque marquée par le retour de la pensée de la Révolution française, avec l’apparition des clubs de femmes, qui s’opposaient à la prostitution et au travail des enfants.
Olympe, une femme dans la Révolution, lundi 3 mars à 21h10 sur France 2