Peut-on d’abord expliquer ce que veut dire « faire sa transition » ?
Andréa Furet : C’est affirmer, de manière sociale, le genre auquel on se sent appartenir. Cela peut passer par la prise d’hormones, par des opérations, par un changement de prénom. Mais, surtout, en s’acceptant et en espérant être accepté en retour.
Avez-vous hésité avant d’accepter de jouer ce personnage qui est si proche de vous ?
C’est vrai que j’ai eu quelques appréhensions. J’étais surtout sceptique sur la manière de traiter le sujet par une chaîne comme TF1, en prime time. Il n’est pas toujours abordé comme il le faudrait dans les médias et dans les fictions. Et le public a aussi tendance à confondre transidentité et travestissement. Mais j’ai beaucoup aimé le scénario. J’ai accepté en me disant que, s’il fallait changer des choses en cours de route, nous le ferions.
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Était-ce difficile, pour vous, de redevenir un garçon durant une partie du tournage ?
Je ne dirais pas « redevenir un garçon », car je ne l’ai jamais été. J’en ai plus ri qu’autre chose, entre la perruque, le maquillage… C’est un personnage à jouer, ce n’est pas moi. Il est important de le préciser : Il est elle n’est pas un drame… Pas du tout ! On fait souvent passer les histoires des trans pour des tragédies. Même si le sujet est sérieux, et bien que nous l’ayons traité sérieusement, il est aussi abordé avec légèreté et humour. Ça m’a beaucoup plu car, pour ma part, c’est de cette manière que j’ai vécu ma transition. Mon entourage et mes amis ont réagi de manière très positive quand j’ai fait mon annonce. Tout n’est pas rose, mais pas complètement noir non plus.
Lorsque Emma prend pour la première fois ses hormones, elle dit : « C’est comme naître une deuxième fois. » Quelle résonance cette phrase a-t-elle en vous ?
C’est vrai, c’est une renaissance, une nouvelle vie dans la peau de celui ou de celle que l’on aurait dû être.
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Peut-on dire que le personnage du père, incarné par Jonathan Zaccaï, vit ce travail de transition comme le deuil d’un fils ?
Oui, et beaucoup de parents utilisent d’ailleurs ce terme, qui peut malheureusement faire beaucoup de mal. L’enfant n’est pas mort ! Mais cette maladresse est signe d’une immense peur. Ils sont propulsés dans un univers inconnu.
Vous auriez été déçue, en tant que spectatrice, si le rôle avait été donné à une comédienne ou un comédien cisgenre (se dit d’une personne dont l’identité de genre, masculin ou féminin, correspond au sexe avec lequel elle est née, ndlr) ?
Je pense que oui. C’est toujours intéressant, pour ce type de sujet, de faire appel à des comédiens qui ont un vécu similaire à celui du personnage. Et puis, il y a déjà tellement peu de rôles en France pour les acteurs et actrices trans…
Qu’avez-vous envie de dire aux parents qui répètent à leurs enfants en quête de leur identité : « Ça te passera… » ?
Que non, ça ne passera pas. Ce n’est pas une lubie. Malgré tout ce que l’on peut mettre dans le crâne de ses enfants, l’identité est là. J’espère que le téléfilm va ouvrir le débat au sein des familles.
Interview Amandine Scherer