Fille de paysan (France 2) : « Avec cette histoire vraie, on se rend compte de l’absurdité de certaines lois »

Publié le 1 mars 2023 à 17:16
Christophe LARTIGE - FTV - MINTEE STUDIO
France 2 diffuse ce mercredi soir, à 21h10, Fille de paysan, une fiction racontant l’histoire vraie d’une jeune fille qui, pour aider ses parents agriculteurs acculés par des dettes, décide de lancer une cagnotte en ligne. Rencontre avec Carole Bianic, qui a eu le prix d’interprétation féminine au Festival TV de Luchon 2023 pour son rôle, et Justine Lacroix qui incarnent la mère et la fille de cette famille.

Quelle place a été laissée, dans ce projet, à la famille Pécourneau, dont l’histoire est racontée dans Fille de paysan ?

Carole Bianic : Monica Rattazzi, la scénariste, qui est à la genèse de ce projet avec la productrice Floriane Cortes (Mintee Studio), a préféré ne pas rencontrer la famille tout de suite car raconter l’histoire d’autres personnes est quand même effrayant. Mais ils ont validé le scénario avant le tournage et ont voulu venir sur le plateau – je les comprends, j’aurais fait pareil car c’est leur histoire qui était racontée. C’était très émouvant : ils ont pleuré à plusieurs reprises et nous ont pris dans leurs bras. C’est l’histoire de toute une vie qui est portée aux nues.

Raconter une histoire vraie, c’est une pression supplémentaire ?

Justine Lacroix : Oui, d’autant plus quand on les voit venir sur le tournage. Je suis quelqu’un de toujours stressée et j’avais très peur de rater les choses. Je sentais que c’était une histoire importante qui avait besoin d’être racontée… Et d’être bien racontée.

Carole Bianic : On ne pouvait pas passer à côté. A partir du moment où le scénario est bon, l’histoire va se raconter. Mais je me souviendrais toujours du tournage de la dernière scène dans le jardin. Les membres de la famille Pécourneau étaient figurants et j’ai croisé le regard du père qui avait les larmes aux yeux en écoutant Thierry Godard. On était dans le vrai et ça m’a émue…

Qu’avez-vous trouvé le plus difficile sur le tournage ? 

C.B. : Je me rappelle surtout du froid sur le tournage, en extérieur. Je devais par exemple être assise à une table en fer forgé complètement gelée. Il faisait très froid et je n’arrivais pas à parler, j’étais tétanisée… J’ai vécu des tournages où il faisait froid, mais là, c’était quelque chose…

J.L. : Je ne tournais pas mais j’étais présente et je voyais Carole essayer de rentrer pour se réchauffer au maximum.

C.B. : Tout ce qu’il ne faut pas faire (rires). Mais difficile de s’empêcher de prendre des bouillottes très chaudes alors qu’on a encore plus froid quand on ressort ! C’était vraiment difficile, je n’arrivais plus à articuler.

Quel regard portez-vous sur l’histoire de cette famille ?

C.B. : On s’approprie vite ce genre d’histoire car on a beaucoup d’empathie. Ce qu’elle a vécu est insensé… C’est la loi du marché, la globalisation, Bruxelles (même s’il y a du bon avec les aides financières)… Là, c’est la catastrophe, Avec cette histoire, on se rend  compte de l’absurdité de certaines lois. Peut-on faire les mêmes directives pour autant de pays alors qu’il y a tant de cas particulier ?

Comment avez-vous préparé ce rôle ?

J.L : Lors de la première lecture du scénario, je me suis mis dans le rôle comme je le fais d’habitude : je me pose sur mon lit et je m’imagine toutes les scènes alors que ce n’est pas forcément tourné comme ça. Mais j’essaie vraiment de m’imaginer un monde. Je me suis vraiment sentie proche de ce personnage car j’ai cette envie de toujours vouloir aider et soutenir ma famille.

Avez-vous puisé en vous pour ce rôle Carole ?

C.B. : On attribue toujours des choses qui nous appartiennent à notre personnage. Là, comme elle, je suis très protectrice. Je pensais que je serais dure avec mes enfants, mais au final, c’est tout l’inverse. Murielle Pécourneau est forte, jusqu’au moment où c’est trop pour elle. S’il n’y avait pas eu cette faille, sa fille n’aurait peut-être pas fait cette cagnotte. Je ne sais pas comment je réagirais dans cette situation-là mais on se l’approprie. Quand on m’a proposé ce rôle, j’étais tellement heureuse de raconter au monde cette histoire.

Vous n’avez pas hésité avant de dire oui ?

En chœur : Non !

J.L. : C’était aussi le cas de toutes les personnes présentes sur le tournage. Nous étions tous contents de faire ce film.

C.B : Ce tournage était magique. Nous n’avions plus envie de rentrer chez nous…

C’est votre premier tournage ensemble. Qu’avez-vous le plus apprécié chez l’autre ?

C.B. : Ce qui m’a touchée, c’est la dualité entre le petit stress qu’elle peut avoir – alors qu’elle a déjà fait des plateaux – et la légèreté qu’elle a. (S’adressant à Justine) Tu ris et tu t’amuses avec tout le monde, tu n’as pas de filtre ou de barrière et ça fait un bien fou sur le plateau. Tu exploses un peu toutes les règles préétablies de tournage…

Justine à Carole : Moi c’est un peu ton côté maman décalée. Elle était là tout le temps mais dès que j’avais besoin même de rire, je me tournais vers elle pour faire des bêtises. On a un peu une relation d’adolescentes, comme la mère et la fille dans LOL (comédie de Lisa Azuelos, ndlr). 

C.B. : C’est quand même grâce à Justine que j’ai fait mon premier TikTok. Pas mal de gens étaient impressionnés (rires). On a adoré travailler ensemble.

Justine, avez-vous gardé contact avec Chiara Mastroianni, votre marraine pour les Révélations des César ?

J.L. : Non, c’est trop compliqué de garder contact avec certaines personnes. J’avais essayé avec Bouli Lanners après C’est ça l’amour et je n’ai pas réussi. En général, je garde davantage contact avec l’équipe technique qu’avec les comédiens.

C.B. : C’est difficile, ce sont des gens qui sont très prisés et très pris… On veut garder contact mais on n’arrive pas toujours à se voir au bout de deux ou trois ans. Donc forcément, on se perd. Mais si on se retrouve ce sera la fête. C’est le métier qui veut ça.

J.L. : J’aime garde contact avec les gens car j’aime parler avec ceux que j’apprécie beaucoup. Mais les voir avoir de nouveaux projets alors que nous on n’a rien, c’est un peu dur même si j’essaie de passer outre. 

C.B. : C’est parce que tu es jeune ça…

Quels sont vos prochains projets ?

J.L : J’ai tourné récemment dans la série Septième ciel (OCS) qui est sortie en janvier dernier. On croise tous les doigts pour une saison 2 mais on ne sait pas. Je serai par ailleurs à l’affiche de Normale d’Olivier Babinet qui sort le 5 avril.

C.B. : Pour l’instant, j’ai des choses en pourparlers dont je ne peux pas parler. Mais je me suis mise à écrire. J’ai 3 projets – film, court métrage, série – et plein d’envies. Plus je vieillis, plus je suis curieuse. Et plus j’ai envie de faire plein de choses : de raconter des histoires, de retourner à la fac… J’ai envie de tout faire ! 

Pauline Hohoadji

 

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