"Ces choses n’arrivent pas avec des bons parents." C’est ce que pense votre personnage, Laure, après que l’une de ses jumelles s’est jetée d’une falaise, à 15 ans. Que vous inspire-t-elle ?
Élodie Frenck : C’est le niveau maximum de la culpabilité. Bien sûr, c’est faux, mais c’est malheureusement ce que l’on peut se dire quand on a l’impression d’être passé à côté de son enfant. C’est une phrase que j’ai eu beaucoup de mal à prononcer.
Avez-vous hésité avant d’endosser ce rôle si lourd ?
Non. Quand on me l’a proposé, j’avais le choix entre deux projets et j’ai fait celui-là parce que j’aime les défis. Et puis, c’était un téléfilm particulier à tourner. C’est un sujet qu’il ne faut pas trahir, car il est porté, écrit et produit par quelqu’un à qui c’est arrivé, Perrine Fontaine. C’est une sacrée responsabilité ! Alors j’ai enquêté à ma manière : j’ai échangé avec Perrine, j’ai rencontré des associations de parents, visionné des témoignages… puis j’en ai fait des petits bouts de choses à moi.
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Comprenez-vous ces chemins différents qu’empruntent les deux parents ? L’un qui veut à tout prix des réponses et l’autre non…
Tout à fait. C’est le principe des vases communicants : il faut qu’il y en ait un qui tienne pendant que l’autre coule. C’était très intéressant de travailler avec David Mora, qui incarne mon mari. Il était fraîchement papa, donc fragile… Et puis, dans l’histoire, il y a cet enfant qui est encore là, qu’il ne faut pas nier. Il faut que la vie continue, mais comment ? On rallume les étoiles une par une, parfois l’une d’entre elles s’éteint parce qu’il y a un souvenir qui remonte… C’est peut-être l’une des solutions pour supporter cette épreuve et rendre immortels ceux qui partent : les faire exister, comme dans la scène finale sur la plage.
Cassiopée Mayance, qui joue le rôle des jumelles Camille et Marie, est exceptionnelle…
Cette jeune fille d’à peine 16 ans est d’une justesse et d’une maturité incroyables. Je suis dithyrambique à son sujet ! C’était techniquement et émotionnellement difficile de porter ces deux personnages. Elle a vécu un drame similaire dans son lycée. Elle était touchée, mais n’a jamais apporté sa souffrance sur le tournage. Elle mettait de la distance.
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Est-ce que c’était un tournage plus compliqué que les autres ?
Oui. À cause du sujet et parce que nous avons tourné en plein confinement. Nous étions tous isolés en dehors des prises, nous n’avions pas cette soupape de décompression qu’est d’habitude la vie pendant un tournage. Il a fallu que je m’arrête un peu, après ça…
Vous êtes mère de deux enfants, dont l’un entre dans l’adolescence. Redoutez-vous cette période qui peut être délicate ?
Je pense avoir une certaine confiance en ce moment qui va passer, avec ses hauts et ses bas. Au-delà de ma présence indéfectible auprès d’eux et de mon amour total, je sais qu’il n’y a qu’une solution : la communication. Il faut toujours garder le contact, sans être intrusif. Et je crois aussi que l’humour peut sauver de beaucoup de situations.
Et doucement rallumer les étoiles : mercredi 29 mars à 21h10 sur France 2
INTERVIEW AMANDINE SCHERER