Vous incarnez ici un homme d’Église. Ce n’est pas banal !
Eddy Mitchell : En effet. Le père Jeff est le curé d’un bourg normand et l’ami, depuis toujours, de Michel, le patron d’un bistrot, incarné par Laurent Gerra. Et puis, survient un drame : l’assassinat de la fille de Michel, qui bouleverse la quiétude du village et met à l’épreuve leur amitié. Le prêtre en arrivera même à douter de l’innocence de son ami.
Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce personnage ?
Mon vrai nom de famille, c’est Moine. Ça coulait de source ! (Rires) Plus sérieusement, ce rôle m’a attiré parce que le père Jeff n’est pas un curé traditionnel. Il porte de grosses bagues, ne dédaigne pas s’envoyer quelques godets… Dans la forme, il n’est pas très catholique, même s’il est profondément chrétien. J’ai trouvé ce personnage intéressant à jouer, d’autant qu’il dégage une certaine ambiguïté. On pourrait croire qu’il cache des choses…
On vous entend dire la messe avec une certaine aisance. Avez-vous été enfant de choeur ?
Non, pas du tout. Ma seule expérience avec l’Église a été comme scout chez les louveteaux.
Eddy Mitchell évoque sa rencontre avec Laurent Gerra : "En général, je n’aime pas les humoristes"
En 2021, vous partagiez la scène avec Laurent Gerra, déjà autour d’un bar, dans le spectacle musical À crédit et en stéréo. Toutefois, votre amitié est bien plus ancienne. Vous souvenez-vous de votre première rencontre ?
En général, je n’aime pas les humoristes. Ils ne me font pas rire, excepté Coluche. Un ami commun, Gérard Jourd’hui (producteur et réalisateur, notamment, de La Dernière Séance, ndlr), a insisté pour me faire écouter un jeune talent. Je suis tombé sous le charme et j’ai demandé à voir son spectacle. À la fin, on s’est rencontrés, et ça a matché. Nous partageons, entre autres, la passion des vieux westerns. Notre amitié dure depuis trente ans et ne s’est jamais démentie.
Edyy Michell : "Au départ, on m’avait proposé un rôle de guest"
Nominé deux fois aux César, récompensé pour Le bonheur est dans le pré, vous faites partie des rares artistes, comme Brel, Montand, Aznavour ou Dutronc, qui ont mené avec succès une carrière de chanteur et d’acteur. Johnny Hallyday a essayé, en vain. Pourquoi cet échec, selon vous ?
Il n’a sans doute pas fait les bons choix. C’est important de bien lire un scénario et de discuter avec le metteur en scène avant de dire oui. Il faut savoir faire le tri dans les projets que l’on vous propose. Au départ, pour ce téléfilm, la réalisatrice, Hélène Fillières, m’avait proposé un rôle de guest : un rôle secondaire, celui du patron de haras. Ça ne m’a pas intéressé. Il me semblait creux. En revanche, lorsque j’ai lu le scénario, j’ai trouvé que le rôle de ce curé atypique me conviendrait bien. Je dois dire que la télévision propose aujourd’hui des choses plus intéressantes que le cinéma. Le cinéma actuel m’ennuie.
Vous vous considérez plus chanteur ou comédien ?
Quand je fais le comédien, je le suis à fond, et quand je fais le chanteur, même chose. D’ailleurs, le 8 novembre prochain, je sors un nouvel album (son quarantième), que j’ai intitulé Amigos, parce que plusieurs copains y ont collaboré, parmi lesquels Pascal Obispo, Alain Souchon, Sanseverino, Alain Chamfort et William Sheller. L’amitié, encore et toujours…