Connaissiez-vous cette collection avant ?
Je suis tombé par hasard sur celui avec Sarah Forestier et Pierre Rochefort. J’avais beaucoup aimé et trouvé ça très singulier pour la télévision. La présence de Julie Gayet et Stéphanie Pillonca (la réalisatrice, ndlr), ces deux femmes extraordinaires, a fait que j’ai accepté Disparition inquiétante. Je n’avais pas travaillé avec France Télévisions depuis longtemps, j’étais donc content de revenir à une forme comme celle-là, classique, moins dans la comédie.
Comment s’est passé le tournage avec Julie Gayet ?
Extraordinaire ! J’ai pris énormément de plaisir. Stéphanie Pillonca est une personne qui transforme l’énergie du plateau. Elle vous permet d’aller au cœur des choses et de l’histoire. Elle met beaucoup d’amour sur le plateau et ça se sent. Ça nous permet, à nous, acteurs, de nous sentir vraiment très à l’aise et de pouvoir proposer des choses.
Et votre rencontre avec Julie Gayet ?
Il y a parfois des choses évidentes qui arrivent dans la vie. Vous rencontrez quelqu’un et vous avez l’impression qu’il s’agit d’une âme sœur que vous connaissez depuis trente ans. Avec Julie, on avait l’impression d’être amis depuis le lycée ! Tout était évident et fluide. Elle est charmante et c’est une grande comédienne. Elle a une sensibilité très intéressante. Je trouve qu’on devrait lui proposer de plus en plus de rôles comme celui-ci.
Qu’est-ce qui vous a séduit dans votre personnage ?
C’est un homme moderne au service d’une femme. Il n’y a pas d’histoires d’ego. Dans cette enquête, il permet au personnage de Julie de se révéler car finalement, ces deux personnes ont des choses en commun qui se racontent dans l’invisible. D’une certaine manière, il se reconnait en elle. On est souvent dans l’archétype inverse. Mais je trouve ça bien, et normal, d’avoir accès à de tels sujets où les femmes sont mises en avant.
C’est d’ailleurs l’une des rares fois où vous n’avez pas qu’un rôle secondaire…
On vient très souvent me chercher pour des couleurs de jeu fortes et raconter quelque chose très rapidement. Et il y a eu cette femme, Stéphanie, qui a porté un regard sur moi et qui a eu envie de me voir davantage sur la longueur. Moi, je ne demande que ça. J’en parlais avec mon partenaire de jeu, Malik Zidi. Je n’ai pas la sensation d’être un premier ou second rôle. Il s’agit juste de la place que le personnage prend dans le récit pour moi. Mais c’est vrai que se raconter sur la longueur prend plus de sens.
Est-ce frustrant qu’on vous propose peu de rôles importants ?
Le public me dit souvent qu’on aimerait me voir plus. Que les réalisateurs l’entendent (rires) ! Pour être honnête avec vous, je suis très heureux du travail que je fais aujourd’hui. Si des propositions pour des rôles plus importants arrivent, je suis prêt à y aller. Mais parfois, certains font preuve d’un manque d’imagination à mon égard. C’est aussi pour ça que j’ai dû, moi, proposer des choses fortes pour éveiller un soupçon d’imaginaire chez les autres. Peut-être que ça va changer, je ne sais pas. Je continue de travailler et si les choses viennent, tant mieux.
Avez-vous été mis dans une case ?
On a essayé, bien évidemment. Avec ce que vous dégagez physiquement, votre accent, une couleur de peau, une origine même régionale, on veut vous mettre dans une case. Soit on accepte de la subir, soit on dit non. C’est là que j’ai multiplié les propositions de rôles. Aujourd’hui, c’est difficile de m’enfermer dans une case car je fais beaucoup de choses différentes. J’estime être un acteur, une feuille blanche sur laquelle on peut écrire n’importe quelle histoire. A moi de pouvoir endosser ces personnages.
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Quel serait le rôle de vos rêves ?
Je vous mentirai en vous en donnant un. Lorsque j’ai commencé ce métier, certains rôles étaient même impensables dans mon imaginaire. Je ne pensais jamais jouer dans un péplum, j’en ai fait deux. J’ai joué un référent de la DGSE pour Le Bureau des légendes, une femme dans La Flamme… La vie est beaucoup plus surprenante que mon imaginaire !
Vous n’étiez pas au casting du Flambeau, la suite de La Flamme. Pourquoi ?
Orchidée a pris trop de place (rires) ! Elle était trop puissante, ils se sont dit que la mettre dans Le Flambeau annulerait tout le monde ! Plus sérieusement, je ne sais pas, c’est un choix de Jonathan Cohen et des auteurs. Il y a parfois des histoires qui prennent d’autres itinéraires. J’étais presque un personnage central dans la première saison. Ce qu’il avait à raconter avec ce personnage-là devait lui suffire. Mais j’aurais adoré et ce serait génial de la retrouver dans une saison 3. Mais j’aime bien être surpris aussi par de nouveaux formats. J’aime ce que fait Eric Judor et je prépare aussi des choses en écriture.
Vous avez été cité il y a quelques années dans la liste des Révélations aux César et vous avez été parrainé par Jacques Audiard. Etes-vous toujours en contact avec lui ?
Non, c’est une personne très mystérieuse et timide, un peu dans sa bulle. Je le remercie de m’avoir offert cette parenthèse pendant cette période-là. Sans le vouloir lui-même, Jacques est un parrain de cinéma dans ce qu’il propose dans son art. Ses films vous parrainent dans vos envies de cinéma. Michel Hazanavicius a été parrain de ma deuxième citation aux Révélations. On s’est rencontrés sur la série Platane et on garde contact. On se fait des retours sur nos travails respectifs.
Jouer la comédie, était-ce un rêve d’enfant pour vous ?
C’est extraordinaire. J’ai travaillé sur les marchés, dans la téléphonie, dans l’immobilier, dans la restauration, dans le prêt-à-porter… Au lycée, une de mes profs a vu en moi quelque chose de l’ordre d’un talent d’acteur. Elle ne m’a pas lâché pendant deux ans. L’année du bac, je décide d’arrêter l’école pour travailler dans une grande boutique de téléphonie informatique. J’avais 20 ans à l’époque. Elle rentre dans cette boutique un jour et me dit que ce que je fais est formidable mais qu’elle pensait que je serais allé au bout de ce qu’elle m’avait dit et que je serais devenu acteur. Ce jour-là, il s’est passé un truc mystique. Je me suis vu dans 20 ans, l’homme le plus malheureux du monde en n’ayant pas assumé mon rêve. J’ai tout arrêté et je suis monté à Paris pour devenir acteur. Rien ne m’attendait sur place et j’ai eu besoin de faire mes preuves. J’ai dû faire plus que les autres.
P.H.