« Mon président me voit comme deux seins et un cul » : Le lourd témoignage de Sonia Souid, agente de joueurs, qui accuse Noël Le Graët de harcèlement…

Publié le 10 janvier 2023 à 9:33
Lors d'un entretien accordé à BFMTV, Sonia Souid, agente de footballeurs et de footballeuses, a accusé Noël Le Graët, président de la Fédération française de football, de harcèlement sexuel.

Sonia Souid a décidé de sortir du silence. À l’occasion d’un entretien publié lundi 9 janvier par BFMTV, l’agente de joueurs et de joueuses a révélé avoir été victime à plusieurs reprises de harcèlement sexuel de la part de Noël Le Graët. Ce témoignage pourrait avoir de lourdes conséquences pour le président de la Fédération française de football, auditionné ce mardi 10 janvier dans le cadre d’un audit sur les modes de fonctionnement de l’instance, mis en place par le ministère des Sports à la suite de premières accusations visant Noël Le Graët dans le magazine So Foot.

Sonia Souid indique que les faits ont eu lieu sur une période de quatre ans, entre 2013 et 2017. La femme aujourd’hui âgée de 37 ans s’est notamment attardée sur un rendez-vous en particulier survenu en 2014, où Noël Le Graët lui avait initialement proposé de lui présenter chez lui Brigitte Henriques, qui était à l’époque secrétaire générale de la FFF : "Je me rends à son appartement, quand j’arrive il y a du champagne. Je suis assez surprise mais bon je reste stoïque et j’attends. On échange, on parle du football féminin. Sauf que Brigitte Henriques ne vient pas, et d’ailleurs elle ne viendra jamais. Je ne sais pas s’il l’a prévenue de ce rendez-vous. Je ne pense pas." Par la suite, la discussion ne devient plus professionnelle pour Noël Le Graët : "Lors de ce rendez-vous, il me dit clairement que si nous étions plus proches, mes idées se concrétiseraient. En tout cas qu’il serait beaucoup plus motivé pour m’aider dans ce sens. Et là en fait, je me prends une claque énorme. Parce que j’ai mon président de la Fédération française de football qui me voit… Alors que je me sens compétente et légitime car j’ai réussi à faire des choses même dans la difficulté, excusez-moi du terme mais mon président me voit comme deux seins et un cul en fait," confie Sonia Souid, qui ne parvient pas à retenir ses larmes : "J’ai été déçue par mon président. Pour moi mon président il doit être exemplaire. Et il ne l’a pas été."

Pendant plusieurs années, Sonia Souid a continué à subir le harcèlement de son président, quelle a "passé son temps à esquiver" : "À chaque fois, il tombe sur ma messagerie vocale, mais c’est une personne qui laisse très peu de messages. Sur quatre ans où l’on s’est connus et où il m’a proposé de dîner avec lui je ne sais combien de fois, il ne m’a laissé que très peu de messages vocaux. À chaque fois, je trouve des excuses, je dis que je suis en déplacement. J’essaie de gérer la situation comme je peux. Jusqu’au point de non-retour, où de toute façon, ça ne sert à rien : je comprends qu’il se fiche du football féminin. Ça ne sert à rien d’échanger avec lui."

"Je ne lui ai jamais dit « non » clairement, parce que c’est quelqu’un d’assez fin. Il reste très poli et courtois dans les échanges. À aucun moment il ne m’a mise dans une position de lui dire : non, ça ne m’intéresse pas du tout, allez vous faire voir", poursuit Sonia Souid, avant de faire écouter un message vocal laissé par Noël Le Graët où l’on peut l’entendre dire : "Sonia, je suis à ma troisième bouteille, je vous attends pour la quatrième." Sonia Souid a ensuite montré à la caméra de BFMTV certains sms envoyés par le président de la FFF : "Vous me manquez", "Êtes-vous libre demain soir ?", "Puis-je vous inviter à dîner demain soir, j’insiste".

Malgré ces accusations qui accablent Noël Le Graët, Sonia Souid n’est pas certaine de voir le président de la FFF démissionner de son poste : "Est-ce que je pense qu’il peut rester à la tête de la FFF ? Oui, il le peut. Mais est ce qu’il doit ? Non. Je pense sincèrement qu’il a fait son temps. Je souhaite vraiment de tout mon cœur un président exemplaire pour notre fédération. Je ne pense pas qu’il est assez courageux pour démissionner. Pour lui, ce serait donner raison aux accusations." Grâce à son témoignage, Sonia Souid espère encourager d’autres femmes, qui "trouveront le courage de s’exprimer", parce que l’agente assure qu’elle "ne pense pas être la seule : je pense qu’il y en a plusieurs dizaines".

N.O

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