"Une Légion d’honneur, cela distingue un homme, un artiste, une attitude, des valeurs (…) un conseil de l’ordre de la Légion d’honneur va se réunir et va engager une procédure disciplinaire pour décider si cette Légion d’honneur doit être suspendue ou pas, retirée complètement ou pas", annonçait il y a quelques jours Rima Abdul-Malak, dans C à vous en évoquant le cas Gérard Depardieu. Quelques heures plus tôt, la ministre de la Culture exprimait déjà son "dégoût" face aux propos du comédien dévoilés dans Complément d’enquête et son "attitude qui se veut sur le ton de la blague et de la provocation, mais qui est en fait assez irrespectueuse et indigne, et qui fait honte à la France".
Interrogé hier par Anne-Elisabeth Lemoine et les chroniqueurs de C à vous (France 5), Emmanuel Macron n’a pas caché qu’il ne partageait pas la colère de sa ministre. "Je suis un grand admirateur de Gérard Depardieu. C’est un immense acteur, il a servi les plus beaux textes. Lui aussi est un génie de son art complet. Il a fait connaitre la France, nos grands auteurs et personnages dans le monde entier et je le dis en tant que président de la République et citoyen : il rend fière la France", a-t-il ainsi lancé en précisant que Rima Abdul-Malak s’était "avancée" en parlant de retirer la Légion d’Honneur à Gérard Depardieu.
Les doutes d’Emmanuel Macron sur Complément d’enquête
S’il a bien vu les images problématiques diffusées dans Complément d’enquête (France 2), Emmanuel Macron a glissé qu’il y avait "parfois des emballements sur des propos tenus" et qu’il se "méfiait du contexte" en rappelant les polémiques et les accusations de manipulation proférées par certains détracteurs de Complément d’enquête. "La Légion d’honneur est un ordre dont je suis le Grand Maitre. Elle n’est pas là pour faire la morale. Donc ce n’est pas sur la base d’un reportage (…) qu’on enlève la Légion d’honneur à un artiste. A ce tarif-là, on l’aurait enlevée à de nombreux artistes", a-t-il poursuivi. "Est-ce que je vais retirer Légion d’honneur à des artistes ou responsables quand ils disent des choses qui me choquent ? La réponse est non. Ce n’est pas un ordre moral et je n’ai pas envie que ce le soit. Il continuera à y avoir des gens transgressifs", a-t-il insisté.
Emmanuel Macron a assuré, par ailleurs, qu’il était "inattaquable sur la lutte contre les violences faites aux femmes et l’égalité femmes/hommes", les "deux grandes causes de ses deux quinquennats". "Je continuerai de me battre mais j’aime que ce soit fait dans le bon ordre, avec le respect de nos valeurs. Dans nos valeurs, il y a la présomption d’innocence. (…) Vous ne me verrez jamais dans une chasse à l’homme (…) Quand tout le monde tombe sur le même homme, sur la base d’un reportage, sans même qu’il aie la possibilité de se défendre… Pour moi, c’est non", a-t-il ajouté en rappelant que des procédures judiciaires étaient en cours et qu’il respectait les victimes présumées.
"Il y a eu des spectacles empêchés par des gens qui bloquaient les salles alors qu’il (Gérard Depardieu, ndlr) chantait admirablement Barbara. Ce n’est pas une bonne chose pour la vie en société. Il faut respecter nos règles. Vous pouvez accuser quelqu’un (…) mais il y a aussi une présomption d’innocence qui existe. Sinon vous rentrez dans quelle société ? Si à chaque fois qu’on vous accuse du pire et que vous avez un rôle public, vous ne pouvez plus rien faire, (…) ce n’est plus une démocratie, c’est la fin de tout", a-t-il conclu en rappelant que la perte ou la suspension d’une Légion d’honneur ne se faisait pas sur des "dénonciations ou on-dit" mais après une condamnation judiciaire.