Malgré l’alcool, Yannick Noah se souvient parfaitement de ce 27 avril 1986. Alors en finale du tournoi de Monte-Carlo contre le Suédois Joakim Nyström, le Français sait déjà qu’il devra jouer dans la foulée sa demi-finale de double. "La veille des matchs comme ça, quand je sais que je vais avoir une journée compliquée, c’est toujours difficile de dormir", confie Yannick Noah à Konbini. Cette nui-là, le tennisman va effectivement connaître des heures agitées puisque sa femme de l’époque, Cecilia Rodhe, accouche de sa fille Yéléna : "À 3heures, Cecilia m’appelle et me dit ‘je vais à l’hôpital, bonne nuit, bonne chance…’ Bah écoute je te remercie ! 4 heures du mat’, 5 heures du mat’… À 6 heures elle m’appelle et me dit ‘bah écoute on a une fille et bonne chance’. Et je dis ‘bah je te remercie !’", raconte hilare Yannick Noah.
Après une courte nuit loin d’être reposante, le champion français se présente sur le court et s’incline contre Joakim Nyström (6-3, 6-2). "Je n’ai pas dormi, je perds. Dans le vestiaire je me dis ‘mais qu’est-ce que je fous là à attendre…’ Il faut que je prenne l’avion pour aller à New-York voir ma femme et ma fille." Néanmoins, Yannick Noah va finalement être retenu par une personne qui lui propose un verre de vin afin de fêter la naissance de son enfant : "Je me dis ‘pourquoi pas…’" Mais son partenaire de l’époque, qui n’est autre Guy Forget, panique à l’idée de voir son binôme consommer de l’alcool avant un match crucial : "Il y a Guy qui me dit ‘mais attends, Yann’, arrête tes conneries, on a des points à défendre ! Tu ne vas pas arriver bourré sur le court !’ Mais moi, je me fais le verre de rouge et je suis défoncé !"
Loin de perdre ses moyens, Yannick Noah, pourtant ivre, se retrouve à être dans la forme de sa vie sur le court de Monte-Carlo : "Je ne rate pas une balle ! On gagne le match. On demande quand est-ce qu’on peut reprendre, si l’on peut rejouer tout de suite. Le juge-arbitre dit ‘oui, mais vous ne voulez pas rentrer au vestiaire ?’ On dit ‘Non, non, c’est trop loin, on reste là. Amenez-nous les gars’. Ils nous ont amené les autres joueurs, à la suite comme ça, et on les a massacrés parce qu’on était toujours bourrés !"
Avec son compère Guy Forget, Yannick Noah remporte donc le tournoi de double de Monte-Carlo. Un souvenir mémorable pour l’homme aujourd’hui âgé de 61 ans : "Il ne faut pas jouer bourré… Mais putain, jouer bourré, c’est cool ! C’était trop marrant. J’ai un trophée à la maison, c’est le jour de la naissance de ma fille et c’est la première et dernière fois que j’ai joué bourré !"
Benoît Lesueur