David Cronenberg, souvent surnommé "Dave Deprave" en raison de ses œuvres marquées par l’horreur corporelle, revient sur la Croisette avec "Les Linceuls", son septième film en compétition à Cannes. Le réalisateur canadien, dont le premier film présenté à Cannes en 1996, "Crash", avait suscité la controverse avant de remporter le Prix spécial du jury, propose cette fois une réflexion profonde sur le deuil. Inspiré par sa propre expérience de la perte de sa femme, David Cronenberg évoque la douleur et la nostalgie à travers une histoire puissante portée par Vincent Cassel et Diane Kruger.
Une exploration du deuil à travers la technologie
Dans "Les Linceuls", Vincent Cassel incarne Karsh, un homme d’affaires de 50 ans incapable de surmonter la mort de sa femme, Becca, interprétée par Diane Kruger. Pour pallier ce manque insupportable, Karsh développe une technologie révolutionnaire à travers sa société, GraveTech, permettant de voir au-delà des tombes. Cette invention lui offre une manière de reconnecter avec Becca, bien qu’elle soit dans son linceul.
Une œuvre entre élégance et malaise
Avec "Crash" en 1996, Cronenberg avait déjà prouvé sa capacité à mêler élégance et perturbation, en adaptant le roman de J.G. Ballard. Ce film décrivait une microsociété fascinée par les accidents automobiles, fusionnant érotisme et froideur. "Crash" avait choqué et déstabilisé, mais son raffinement esthétique avait marqué les esprits. "Crash déconcerte et déstabilise : du Cronenberg pur jus. Le malaise suscité par le film procède d’une certaine élégance raffinée, alliant une froideur glaciale et un érotisme qui fusionne chair et machine, dans lequel le psychique s’unit au physique," rappelait un analyste.
“Une bombe dans une église”
Invité sur le plateau de C à vous ce mardi 21 mai, le réalisateur était accompagné de son acteur, Vincent Cassel.
Ce dernier est un habitué du Festival et il a déjà présenté une oeuvre controversée, dans les années 2000.
En effet, tout le monde se souvient de l’onde de choc provoquée par la présentation du film de Gaspar Noé, “Irréversible”, dans lequel Vincent Cassel donnait la réplique à son ex, Monica Bellucci.
Irréversible raconte l’histoire d’Alex, interprétée par Monica Bellucci, la compagne de Marcus, jouée par Vincent Cassel. Alex est victime d’un viol et d’une agression brutale par un pervers connu sous le nom du Ténia. Marcus, fou de rage et déterminé à venger sa compagne, se lance dans une quête de vengeance destructrice.
Connu pour ses scènes d’une extrême dureté et son montage antéchronologique, ce long-métrage atypique commence par la fin de l’histoire et se termine par le début.
Vincent Cassel se souvient : “sur le tournage des fois je me disais, tiens, y’a 10 personnes qui sortent, là y’en a 15. Et du coup quand on a éteint la lumière (avant la projection à Cannes en 2002 ndlr), j’avais vraiment l’impression d’avoir foutu une bombe dans une église, avec tout le respect que je porte au Festival”.
“C’était un scandale annoncé”, confie Vincent Cassel. Mais il ajoute qu’il s’est rendu compte avec le temps, “qu’on se souvient plus des scandales de Cannes que de la Palme d’Or”.
“C’est le film dont vous êtes le plus fier ?”, lui demande Anne-Elisabeth Lemoine. “Je pense que c’est un film important et je disais déjà à l’époque du tournage, tu verras, dans 25 ans, on en parlera dans les écoles de cinéma, et il se trouve qu’on en parle toujours dans les écoles de cinéma”, ajoute-t-il.