En dix ans, le nombre des concours de vins est passé de 11 à 120, et l’on comprend pourquoi, lorsque l’on découvre les coulisses de ce business dénoncées dans le dernier numéro de Complément d’enquête sur France 2 ! Ce jeudi 14 décembre, le magazine présenté par Tristan Waleckx s’est d’abord rendu au Mondial des Vins Blancs de Strasbourg, où 29% des candidats ont obtenu des médailles, souvent en or. Un score qui frôle, comme par hasard, le maximum de 33% autorisé par la loi française. Yann Juban, adjoint au directeur général de l’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin (OIV), présente la compétition comme les "Jeux Olympiques" du vin. "C’est comme si on faisait des JO auxquels ne participaient aucun des meilleurs athlètes. Et parmi les athlètes qui participent, qui ne sont pas les meilleurs, 30% ont la médaille d’or. Aucun des grands domaines de France ne participent à ces concours", réagit l’expert en vin, journaliste, éditeur et auteur, Antonin Iommi-Amunategui.
Pire, le magazine Gilbert & Gaillard délocalisé à Hong Kong attribue dans l’opacité la plus totale beaucoup plus de médailles sans être soumis à la loi française. Ainsi, un vigneron bordelais a pu, avec la complicité de Complément d’enquête, tester la crédibilité de leurs médailles. Démarché par Gilbert & Gaillard, il a envoyé deux vins de sa production ainsi que deux vins de premier prix (moins de deux euros la bouteille, ndlr) achetés dans la supérette du coin, en changeant leur étiquette. L’un des deux vins blancs était d’ailleurs du Chardonnay, qui ne vient pas de Bordeaux mais de Bourgogne. Mais qu’importe ! Les quatre vins obtenus une médaille d’or… À une condition. Après avoir payé 45 euros de frais d’inscription, le vigneron se voyait proposer de payer pour recevoir les étiquettes à mettre sur ses bouteilles : 390 euros pour le lot de 5000 étiquettes, 31800 euros pour un million d’étiquettes. Gilbert & Gaillard promettent, en proposant ces tarifs, une estimation de 25% d’augmentation des ventes des bouteilles médaillées d’or.
Sur le plateau de Complément d’enquête, Tristan Waleckx recevait Laura Vidal, première femme à avoir été élue sommelière de l’année par le Gault & Millau, en 2020. En goûtant le vin rouge Corbière à 1,95€ qui a été médaillé d’or par Gilbert & Gaillard dans le reportage, elle a confirmé que ce dernier venait d’un cépage inexistant dans le bordelais. "Mais surtout, ça sent un peu le carton. C’est pas très bon, on sent beaucoup l’alcool. Ça a vraiment le goût de la piquette que mon oncle buvait quand j’étais plus jeune, et qu’il coupait à l’eau, d’ailleurs. Donc je ne sais pas comment ça a pu avoir une médaille d’or", a-t-elle ajouté, amusée. Quelques instants plus tard, Laura Vidal a donné son avis sur un "champagne" de Didier Chopin, également médaillé d’or par Gilbert & Gaillard. "On dirait un peu du savon ! Typiquement, dans du champagne classique, les bulles partent vraiment de la base du verre et montent au milieu. Là, tout est un peu dispersé et la bulle disparaît assez vite. Et c’est très trouble, on dirait que ce n’est pas filtré ou qu’il y a un dépôt, qu’il y a un défaut dans le vin", a-t-elle d’abord jugé en observant le vin. Après l’avoir senti, la sommelière n’a pas pu cacher son choc : "Oh my god… Ça sent un peu la serpillère mouillée, en fait". Après dégustation, son constat était sans appel : "C’est clairement pas du champagne. Pour plein de raisons. (…) Ça a goût de limonade pétillante. J’ai juste l’impression qu’il y a du gaz qui a été rajouté. Ça ne rentre pas dans le cahier des charges du champagne". Trois jours avant la diffusion de l’émission, le sommelier Jonathan Belhassein célèbre pour ses vidéos sur TikTok était invité sur la chaîne de YouTube de McFly & Carlito. Lui aussi était formel à propos des médailles sur les étiquettes de bouteilles de vin qui ne sont en aucun cas un gage de qualité selon lui : "Ça ne veut strictement rien dire".