Aile-P semble être une invitation à prendre de la hauteur pour regarder ce qui nous entoure…
Zazie : Oui, avec un chouille de légèreté, ce qui n’est pas facile. Il faut lutter contre la sinistrose ambiante et tenter de conserver son petit soleil intérieur pour le faire briller autour de soi. C’est déjà pas mal…Avec cet album, je veux mettre un peu de lumière et d’humour dans la vie des gens, tout en décrivant le monde.
Sur certains morceaux, on entend des sonorités différentes de ce que vous proposez d’habitude. Vous ne craignez pas de déstabiliser, parfois, votre public ?
Je ne sais pas faire autrement. Ou alors, cela va me demander de m’arranger avec moi-même. Je crois que les gens m’ont offert ce luxe de pouvoir m’évader dans des univers musicaux un peu différents. Et puis il y a des albums qu’ils aiment et d’autres qu’ils n’aiment pas. Ils en ont le droit ! Nous sommes des explorateurs, moi j’aime beaucoup le côté laboratoire de la musique. Cette liberté-là, qu’on acquiert avec les années, il faut savoir en profiter.
La surexposition médiatique ne semble toujours pas faire partie de votre vocabulaire…
Elle n’est pas cohérente pour moi. Je comprends que parler aux médias est un moyen d’accéder au public. Mais on se retrouve extrêmement sous pression, à faire des choses qui n’ont pas forcément de sens pour nous et qui sont loin, évidemment, du métier qu’on a choisi. Il y a les réseaux sociaux, le nombre chaînes de télévision qui s’est multiplié, les radios que les gens écoutent moins… Bien sûr, nous restons des privilégiés mais pour moi, l’exercice de promotion est de plus en plus difficile.
Sur l’album, vous scandez : "La gravité, on peut l’éviter" ou encore "Humanité, lève-toi, relève-toi, soulève-toi !". Vous vous lancez en politique ?
Mon Dieu, non, au secours ! (Rires). J’ai l’impression que la politique est devenue une sorte de mascarade. Bien sûr, il y a des gens qui font les choses bien, j’ai confiance en certains candidats écolo parce qu’ils s’intéressent encore aux problèmes des gens. Je n’ai aucune envie de faire de la politique, je manifeste simplement, des agacements et des frustrations. Je n’aime pas trop la tête de ce monde.
À lire également
Le titre Couleur semble faire écho à votre chanson Tout le monde publié en 98, qui prônait déjà la tolérance…
C’est vrai ! Je crois que je suis en train de me transformer en Tatie Danielle ! (Rires). C’est malheureusement le même propos. C’est une chanson qui me tient à cœur parce qu’elle vient du mouvement Black Lives Matter et des images insupportables que nous avons tous vues en boucle. Le nerf de la guerre, c’est la méconnaissance de l’autre qui engendre une forme de peur. Alors oui, j’aurais pu prendre des exemples français, mais je voulais éviter toute récupération politique…
Vous avez repris le chemin du plateau de The Voice depuis quelques jours. Les premiers pas furent agréables ?
Oui ! Quand on m’a proposé de revenir dans l’émission, une moitié de moi s’est dit "Oui, youpi" et l’autre "Je suis trop fatiguée, ça ne va pas être possible". Dans cette émission, il y a un esprit très familial, c’est très joyeux. Je m’amuse beaucoup, je vibre. On est aux premières loges d’un spectacle fantastique. Et puis, cette saison, je suis la matriarche ! (Rires). C’est une joyeuse pagaille, on se moque les uns des autres, mais avec beaucoup de bienveillance et de respect.
Vous ne fêteriez pas vos 30 ans de carrière par hasard ?
Il parait. Mais je suis quelqu’un de très ancrée dans le présent. J’ai la chance de faire un métier où je peux me projeter un petit peu…dans la mesure de mes capacités physiques ! Au fond, je suis une vraie paresseuse mais j’ai trouvé le métier idéal : celui où je n’ai pas du tout l’impression de travailler !
Interview Amandine Scherer
*Aile-P (Six&Sept). Album disponible.
*En tournée dans toute la France à partir de juillet 2023.